George A. Romero : Night, Dawn and Day

lundi, mars 17th, 2014 par Toorsch

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C’est en octobre 1968 que débarque sur les écrans américains Night Of The Living Dead, un film novateur qui marque la naissance d’une créature originale et moderne, le mort-vivant. Ce mangeur de chair deviendra avec le temps LA star des monstres. Le zombie libéré par Romero est très différent de son ancêtre vaudou, il n’est ni à la botte d’un sorcier, ni esclave, sinon celui de sa propre situation, un peu comme n’importe quel être humain en somme. Chez Romero, le mort-vivant est un prétexte, il offre au spectateur la possibilité d’assister à une brillante analyse du comportement humain face au cataclysme. Le plus souvent, le danger vient des survivants eux-même et non des morts. Un zombie prétexte facilement interchangeable, remplacez-le par n’importe quelle autre créature ou même une catastrophe naturelle et le résultat sera le même… Le cinéma de genre contient dans ses rangs un nombre incalculable de nanars et le sous-genre zombie encore plus. Souvent le film de morts-vivants raté place justement la créature au centre de son histoire et non l’humain, ce qui est une erreur. Faire un (bon) film de zombie n’est pas une chose aisée, cela implique une écriture acérée des personnages. La déferlante actuelle montre que ce point crucial est souvent négligé, mais les effets spéciaux spectaculaires détournent le spectateur lambda des failles scénaristiques et autres incohérences assez grossières. Plastiquement, les films de Romero ont forcément vieilli, leurs budgets souvent ridicules ne permettaient pas de grands effets visuels, bien que ces derniers soient toujours malins et efficaces, mais du strict point de vue de l’écriture ils sont simplement parfaits.

NIGHT OF THE LIVING DEAD – 1968

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Depuis quelques années déjà, George A. Romero réalisait des films d’entreprises et des publicités via The Latent Image, sa société de production. Mais son but avoué était de réaliser un long-métrage, une création personnelle qui plus est. Pour l’occasion, Romero forma, avec neuf de ses amis, une nouvelle société de production portant le nom de Image Ten. Chacun des dix actionnaires apporta 600 dollars de mise de départ, de quoi lancer le projet. Le choix de faire un film d’horreur indépendant fut purement pratique, en effet ce genre est plus facilement rentable que n’importe quel autre. Romero écrit alors, comme base scénaristique, une nouvelle inspirée par Je suis une légende de Richard Matheson. C’est John Russo, l’un des dix actionnaires et ami du réalisateur qui se chargea de transformer le tout en scénario, ce qui généra par la suite une guerre intestine quant à la paternité de l’oeuvre.

Le film raconte l’histoire d’un groupe de survivants cloîtré dans une maison isolée, devant apprendre à lutter face aux rôdeurs qui entourent la demeure. Un scénario d’une simplicité redoutable qui révolutionnera un genre. Il n’y a pas d’explication sur le pourquoi de cette soudaine invasion, ce qui offre encore plus de force au récit. Si l’analyse du comportement humain face au drame est déjà bien visible, le sous-texte politique qui fera la force des opus suivants n’est présent ici qu’à l’état embryonnaire.

Copyright et politique.

Le film a pour héros un acteur noir, ce qui peut paraître anodin aujourd’hui, mais qui à l’époque fut pris comme un acte politique en soit. Ce n’est évidement pas le cas. Que Romero ait choisi Duane Jones pour le rôle principal vient tout simplement du fait qu’il étaitt le meilleur acteur du lot. Aucune affaire de minorité visible ou de parité, juste la pureté du jeu d’acteur, un procédé vraiment sain.

A la base le film devait s’intituler The Night Of The Flesh Eaters, mais peu avant sa sortie, le titre fut changé par le distributeur en The Night Of The Living Dead. Mais lors de l’insertion du nouveau carton titre, ce dernier oublia tout simplement d’y ajouter le copyright. Du coup, le film tomba directement dans le domaine public au Etats-Unis.

DAWN OF THE DEAD / ZOMBIE – 1978

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Dix après La nuit des morts-vivantsGeorge Romero revint au genre qu’il avait inventé avec ce qui demeure encore aujourd’hui son film le plus marquant: Zombie ou Dawn Of The Dead (selon les montages et les continents). Dans cet opus, l’épidémie de zombie est bien plus forte, le monde s’apprête à plonger dans le chaos. Un petit groupe de quatre survivants s’échappe en hélicoptère et trouve refuge dans un centre commercial désert. Le film est une critique de la société de consommation; le fait d’avoir tant de choses à disposition empêche le groupe de penser sur le long terme, encore une fois les survivants sont la vraie menace.

Deux titres, deux films très différents.

Dawn Of The Dead est un film multiple dans la mesure ou il existe plusieurs versions bien distinctes. Le montage américain supervisé par Romero himself, et le montage européen exécuté par Dario Argento, le maître du cinéma d’horreur italien. Le premier est moins vif, moins pêchu, mais s’attarde plus sur la psychologie des personnages, tandis que le second se focalise sur l’action et la tension. Les différences sont telles que les deux versions ne semblent pas tout à fait raconter la même histoire. Si le gros de l’intrigue reste identique, les petits détails eux changent radicalement la vision que le spectateur a des personnages. Certaines sous-intrigues passent carrément à la trappe dans la version de Dario Argento. Mais au final, il est bien difficile de départager les deux visions, chacune ayant ses forces et ses failles. Le sublime score du montage européen apporte par contre un véritable plus, il est signé par les Goblin, un groupe de prog-rock italien ayant déjà œuvré pour Dario Argento. Il existe en réalité plusieurs versions (plus ou moins longues) chapeautées par Romero, dont un premier montage inédit avoisinant les trois heures!  

Les effets spéciaux du légendaire Tom Savini peuvent sembler datés aujourd’hui (les zombies sont étrangement bleus), mais au vu du budget moindre et du nombre élevé de figurants, ils représentent un véritable tour de force. Savini utilisa également plusieurs techniques issues de la magie pour faire illusion et aussi économiser beaucoup d’argent.

DAY OF THE DEAD – 1985

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La guerre froide offre à Romero le matériau qui servira de base au Jour des morts-vivants, le dernier volet de sa première trilogie. Les zombies sont maintenant majoritaires sur Terre et un groupe de survivant composé de militaires ainsi que de scientifiques vie dans un ancien silo à missile. Dans cet opus nous avons réellement deux camps qui s’opposent (en-dehors des zombies), mais le réalisateur n’est jamais manichéen, il ne prend pas parti, laissant toujours le choix de ses propres opinions aux spectateurs. Le jour des morts-vivants est un véritable huis-clos, les zombies sont peu présents, mais leur menace est constamment palpable.

Restriction budgétaire.

Au départ, les ambitions de George A. Romero étaient toutes autres, il voulait faire un film d’aventure à la Indian Jones avec des hordes de zombies. Mais pour obtenir le budget nécessaire, il lui fallait édulcorer son propos et faire une oeuvre plus axée grand public. Refusant de plier face aux exigences des producteurs, le réalisateur préféra revoir presque intégralement son scénario afin de jouir d’une plus grande liberté de mouvement. Le jour des morts-vivants est souvent considéré comme le  l’opus le plus faible de la saga. Ce qui est assez incompréhensible, car c’est un film d’une grande tenue, qui ose la retenue et pousse l’écriture des personnages à son paroxysme.

Il est facile de se procurer la trilogie en dvd et blu-ray à un prix dérisoire. Il existe même coffret contenant moult bonus ainsi que les deux montages de Dawn Of The Dead, c’est bien entendu cette édition qu’il faut posséder.

Toorsch’

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