ALICE COOPER, une oeuvre

mardi, mars 25th, 2014 par Toorsch

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UN HOMME, UN GROUPE

Avant de devenir l’icône que l’on sait, Alice Cooper était en fait un groupe composé de Glen Buxton à la guitare lead, de Michael Bruce à la guitare rythmique, de Dennis Dunaway à la basse, de Neal Smith à la batterie et enfin de Vincent Furnier alias Alice Cooper au chant. De cette époque en communauté naîtront quelques uns des meilleurs albums du prince du shock-rock. Des disques qui, pour la plupart, jouiront d’une reconnaissance à la fois critique et publique. Mais avant d’accoucher de chef-d’œuvres à la chaîne, le groupe peinera un peu au démarrage…

PRETTIES FOR YOU – 1969 / EASY ACTION – 1970

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Les deux premiers disques d’Alice Cooper furent publiés chez Bizarre Records, un des labels de Frank Zappa, mais celui-ci ne débloquera pas de grands moyens pour leurs enregistrements. Sans doute ne croyait-il pas vraiment en ce combo soniquement bancal et visuellement peu attrayant. Pretties For You, publié au mois d’août 1969, ressemble d’ailleurs plus à une jam psychédélique plus ou moins construite et maîtrisée qu’à un véritable album. Les cinq compères y déploient une belle énergie, mais celle-ci n’étant pas du tout canalisée, le résultat est au mieux brouillon, au pire foireux. Mais malgré sa production limitée et ses compositions hasardeuses, il échappe de cette première oeuvre un doux parfum d’amateurisme et de liberté.

Easy Action, quant à lui, est un cran au-dessus, sans toutefois casser la baraque, mais le son gagne en clarté et les compositions en solidité. On y décèle ici et là quelques uns des éléments qui feront la gloire future du groupe. La voix d’Alice est également plus posée, le chanteur établit ici les bases de ce qui sera sa marque de fabrique, la théâtralisation. Faisant figure d’anomalies dans la discographie de l’homme et du groupe, ces deux premiers albums sont toutefois de précieux témoignages historiques.

LOVE IT TO DEATH – 1971 / KILLER – 1971

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Avec Love It To Death, le jeune producteur Bob Ezrin entre dans la partie, et c’est lui qui va offrir au groupe une véritable identité sonore. Ce troisième opus n’est pas qu’une simple évolution, c’est une véritable révolution, et avec lui Alice Cooper s’en va boxer dans la catégorie supérieure. Encore dans le giron de Frank Zappa, mais presque émancipé, le groupe semble enfin avoir trouvé sa voie. « I’m Eighteen » ou « Is It My Body » sont des tubes grâce à leurs thématiques très proches des préoccupations adolescentes, le public visé. Et que dire de « Black Juju », cette longue messe vaudou absolument glaçante dépassant les neuf minutes? Alice Cooper fait peur aux parents, et sa dégaine déplaît aux garants de la morale qui désapprouvent pareille décadence et une telle vulgarité. Même les Rolling Stones n’ont jamais suscité semblable aversion, c’est dire. Love It To Death est le premier album essentiel d’Alice Cooper.

La même année paraît également Killer, un concept-album autour de la mort qui repousse encore plus loin les limites du mauvais goût. Toujours produit par le génial EzrinKiller est sans conteste le grand oeuvre morbide d’Alice Cooper. A noter que la chanson « Desperado » est un hommage à Jim Morrison, occasionnel compagnon de beuverie de Vincent Furnier, décédé la même année. Avec ce disque le succès va crescendo et les scandales aussi. Alice Cooper sera censuré dans plusieurs pays, notamment à cause du morceau « Dead Babies ». Certains extrémistes bas du front iront même jusqu’à brûler des albums du groupe, mais l’un dans l’autre, cela fait fonctionner le business.

SCHOOL’S OUT – 1972 / BILLION DOLLARS BABIES – 1973

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En juin 1972, la joyeuse bande publie School’s Out, un disque plus pop, oscillant entre glam-rock, jazz et music-hall. Assagi mais pas moins intéressant, ce nouvel opus est toujours aussi divinement bien produit et arrangé. La patte Ezrin, une fois de plus. Alice prétend avoir trouvé les thèmes des chansons  en se faisant une petite après-midi télévision et en zappant de chaîne en chaîne. « Gutter Cat Vs. The Jets » et « Luney Tunes » abondent dans ce sens, la première est un hommage à la comédie musicale West Side Story tandis que la seconde est un jeu de mots en rapport avec les Looney Toons, le dessin animé de la Warner (par ailleurs maison de disque du groupe). Sous bien des aspects, School’s Out est l’album le plus complet d’Alice Cooper.

Mais tout ceci n’est qu’une vaguelette comparé au raz de marais qui suit, le bien nommé Billion Dollars Babies, l’album de tous les records. Une des meilleurs ventes de l’année 73, mais aussi le climax de la carrière de l’Alice Cooper Group. La qualité du disque est à la hauteur de son succès, en clair, depuis Love It To Death, la formation n’a fait que progresser. Encore une fois, les tubes ne manquent pas, « No More Mr.Nice Guy », « Elected », « Generation Landside », sans oublier la chanson-titre, qui jouit de la présence de Donovan (non-crédité) au chant. Dick Wagner et Steve Hunter, les futurs compagnons de jeu de Cooper en solo posent aussi quelques guitares ici et là. Une édition deluxe de l’album est parue chez Rhino en 2001, augmentée d’un second cd rempli de bonus épatants. Indispensable.

MUSCLE OF LOVE -1973

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Après quatre années toujours sur la corde raide, à forcer sur la gnôle et autres substances, il fallait bien que tôt ou tard l’affaire prenne l’eau. La dégringolade se nommera Muscle Of Love, un retour sur terre, tant pour les membres du groupe que pour les fans. L’absence de Bob Ezrin à la production se fait durement ressentir. Les arrangements ne sont pas toujours heureux, et du coup les chansons perdent pas mal de leur mordant. Il est toutefois clair que l’album ne mérite absolument pas la mauvaise réputation qu’il se traîne depuis près de quarante ans. Loin d’être aussi raté qu’on le dit, son seul défaut est de ne pas être au niveau de ses illustres aînés. Car les bons morceaux ne manquent pas, tel le folkeux « Teenage Lament ’74 » ou encore le jazzy « Crazy Little Child », ce n’est clairement pas de la piquette. Pour la petite anecdote, « The Man With The Golden Gun » se nomme ainsi en rapport avec le James Bond du même nom. A l’époque, à la fin du générique de chacun des films mettant en scène l’agent 007, on pouvait lire le titre du prochain opus. Alice étant un grand fan de la saga, et voyant que le prochain long métrage se nommerait « The Man With The Golden Gun », se mit en tête d’en écrire la chanson du générique, pensant naïvement que les producteurs de la série se jetteraient dessus. Mais il n’en fut rien, car ne voulant pas voir leur franchise associée à Alice Cooper, ceux-ci déclinèrent l’offre. Le morceau fut tout de même conservé et inclus à Muscle Of Love.

Après ce semi-échec, les compagnons décideront de faire une petite pause. Un break qui mutera en trahison et verra Alice Cooper le groupe se transformer en Alice Cooper l’homme…

EN SOLITAIRE, GLOIRE ET DÉCADENCE

Welcome To My Nightmare, le premier disque en solo d’une longue liste, débarque sur nos terres hostiles en 1975. C’est un album-concept narrant les visions cauchemardesques du jeune Steven. Le garçonnet deviendra un personnage récurent dans l’univers du chanteur.

WELCOME TO MY NIGHTMARE – 1975 / GOES TO HELL – 1976

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Dans Welcome To My Nightmare, tout a été conçu pour le spectacle à venir. Théâtral jusqu’au bout des ongles, cet album est une fresque hallucinée en cinémascope. Si cela n’est pas entièrement nouveau, les albums de l’Alice Cooper Band possédaient déjà leur lot de théâtralité, Welcome To My Nightmare va beaucoup plus loin. Ici nous avons véritablement affaire à de l’entertainment pur jus, une sorte de show déviant dont Barnum lui-même n’aurait pas boudé l’idée. Servi par la production quatre étoiles de Bob Ezrin et par son casting de luxe (avec entre autres Dick Wagner et Steve Hunter aux guitares), Welcome To My Nightmare est le chef-d’oeuvre musical d’Alice Cooper en solo. Entre le glaçant « Steven », longue plongée horrifique dans les névroses du personnage principal, et la splendide ballade « Only Women Bleed », qui sera reprise par Etta James, l’album ne manque pas de titres forts. A noter également, la présence du grand Vincent Price sur le morceau « Devil’s Food », qui récite sadiquement les effets du venin de la veuve noire sur l’organisme humain, du grand art. Michael Jackson s’en souviendra pour son hit mondial « Thriller ».

Un an plus tard, c’est au tour d’Alice Cooper Goes To Hell de débarquer dans les bacs des disquaires, avec la lourde responsabilité de succéder à Welcome To My Nightmare. A l’origine, le disque était censé être la bande-son d’un nouveau spectacle. Mais celui-ci ne verra jamais le jour, les problèmes d’alcool d’Alice étant devenus beaucoup trop lourds. Concrètement cet album est un peu le jumeau famélique de son prédécesseur. Cependant Alice Cooper Goes To Hell est loin d’être un mauvais disque et reste encore aujourd’hui l’une des oeuvres les plus variées du chanteur.

LACE AND WHISKEY – 1977 / FROM THE INSIDE – 1978

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Lace And Whiskey parait en pleine vague punk, c’est un nouveau concept-album se réclamant du polar noir… A première vue, il y a de quoi être dubitatif, d’autant plus que la musique n’est pas très raccord avec le thème évoqué. Mais malgré tout, ce disque méconnu et sous-estimé mérite que l’on s’y attarde tant il recèle de trésors surréalistes. En dehors des titres rock que sont « Lace And Whiskey », « Road Rats » ou la reprise de « Unbangi Stomp », la véritable force de Lace And Whiskey réside dans ses fulgurances alambiquées, en gros la quasi-totalité de la face B que l’on pourrait qualifier de génial suicide artistique avec ses mélodies barrées, sa dose de kitsch et sa drôlerie bien déviante. Un vrai régal.

From The Inside est un album conceptuel qui traite de l’enferment en hôpital psychiatrique. Ecrit en collaboration avec Bernie Taupin (également parolier pour Elton John), ce disque narre donc le quotidien d’un H.P. au travers des portraits des différents personnages. Musicalement très propre, From The Inside est l’album le moins hard-rock d’Alice Cooper, mais la réussite est totale. A la fois dérangeant de par son thème et mainstream dans sa forme, From The Inside est redoutable. Le final, « Inmates (We’re All Crazy) », avec ses chœurs tarés et sa montée orchestrale absolument incroyable, est peut-être ce que l’artiste a pondu de plus intense dans le genre.

FLUSH THE FASHION – 1980 / SPECIAL FORCES – 1981

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Maintenant nous allons plonger dans ce que l’on pourrait aisément nommer la trilogie du chaos. Flush The FashionSpecial Forces et Zipper Catches Skin parus respectivement en 1980, 81 et 82, forment un bordel sans nom, sans réelle direction artistique, tel un cadavre exquis qui pourrit dans le placard du croque-mitaine. La production est souvent bancale et les compos bâclées, mais malgré tout, il y a de quoi trouver son compte dans chacun de ces albums maudits. Alice s’enfonce dans ses problèmes d’alcool et tout le monde semble se foutre de la qualité, producteurs, musiciens, maison de disque et disons-le, même le principal intéressé. Cette série d’albums mineurs s’écoutent néanmoins sans mal, car elle recèle de curiosités sublimes ou d’accidents heureux (« Clones (We’re All) », « Skeletons In The Closet » ou encore « No Baloney Homosapiens »).

 ZIPPER CATCHES SKIN – 1982 / DADA – 1983

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En 1983, Bob Ezrin reprend en main la maison Cooper laissée à l’abandon et offre au chanteur son disque le plus particulier. Dada est un chef-d’oeuvre torturé, exit le grand-guignol habituel et place à l’horreur glaçante. L’aspect très synthétique et l’absence totale de concession plongent le disque dans une ambiance malsaine plutôt redoutable. Dada fut un échec commercial, la maison de disque ayant totalement lâché l’affaire (compréhensible!), aucune promotion ne sera assurée pour sa sortie. Et pourtant les titres forts ne manquent pas, entre l’horrifique « Former Lee Warmer », le cynique « I Love America » et le dépressif « Pass The Gun Around », il y a de quoi combler même les plus exigeants.

En huit ans et une pelletée de disques, Alice Cooper aura vécu une descente aux enfers aussi bien fictive que réelle, les albums de cette période sont de qualité variable, mais toujours foisonnants. Une richesse qui se perdra quelque peu par la suite avec des disques plus calibrés, mais au succès retentissant…

RETOUR EN FORCE

Lorsque Alice Cooper revient sur le devant de la scène en 1986, soit près de trois années après son précédent album, il est enfin sobre. Une guérison qui est le fruit d’un grand effort personnel mais aussi d’une rencontre avec… le golf! Car oui, les caddies et autres clubs ont sauvé la vie de notre croque-mitaine préféré. Une renaissance certes moins dans le ton du personnage qu’une énième résurrection de Jason Voorhees, mais qu’importe. Alice est de retour plus en forme que jamais, que le freakshow commence!

CONSTRICTOR – 1986 / RISE YOUR FIST AND YELL – 1987

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Constrictor débarque dans les bacs des disquaires en septembre 1986, et c’est une machine bien huilée que découvre le public, créée pour la jeunesse américaine qui s’abreuve de films de série B et de comics horrifiques. De nos jours, il est très difficile d’écouter les albums de cette période au premier degré, tant ceux-ci semblent datés. Mais même si tout cela manque cruellement d’âme (le prix à payer pour un retour triomphant?), il y a comme toujours chez Alice de quoi se repaître de quelques pépites bien grasses. Comme par exemple le tonitruant « Teenage Frankenstein » ou le synthétique « He’s Back (The Man Behind The Mask) », une chanson spécialement créée pour la bande originale du sixième volet de la saga Vendredi 13. Si le succès n’est pas encore tout à fait au rendez-vous, au moins les salles de concert sont pleines et ça, c’est quand même une putain de bonne nouvelle.

Un an plus tard c’est au tour de Rise Your Fist And Yell de prendre d’assaut les ondes. Bâti sur les mêmes bases que le précédent, celui-ci est plus heavy encore. Le constat reste le même, c’est marrant mais pas glorieux non plus. Quelques titres surnagent, « The Prince Of Darkness » ou « Gail », mais dans l’ensemble ce n’est pas bien folichon. Par contre, les concerts marchent toujours aussi bien et le public mord à l’hameçon, alors pourquoi s’en priver?

TRASH – 1989 / HEY STOOPID – 1991

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En 1989, Alice Cooper passe à la vitesse supérieure avec Trash, un blockbuster taillé pour les stades. Le disque est surproduit par Desmond Child, alors roi du hard-rock FM. Difficile pour le fan de la première heure de trouver son compte dans ce flot de titres sans passion. Tout ceci est très bien écrit, imparable, mais tellement vide, sans aspérité aucune. L’album se vend bien, même très bien, porté par le succès du hit-single « Poison ». Le Coop’ et son entourage ont visiblement trouvé la formule magique et la déclinent à l’infini.

Bâti une fois encore sur le même modèle, Hey Stoopid arrive en juillet 1991 pour conquérir le monde. Celui-ci est un poil plus intéressant que Trash, car plus varié, mais ce n’est tout de même pas encore la grande joie. La liste d’invités prestigieux n’y changera rien. Déjà en 1991, ce hard-rock de pacotille est dépassé, l’album est caduc d’entrée de jeu, au suivant!

Si la bienséance voudrait que l’on jette cette série d’albums dans la crypte tel un cadavre puant, il n’en sera rien. Car au-delà de l’aspect ultra-mercantile de l’opération, le mauvais goût et l’humour demeurent ici jouissifs. Mieux qu’un plaisir coupable, c’est du fast food bien gras. Finger Lickin’ Good!

THE LAST TEMPTATION – 1994

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1994, The Last Temptation est un soulagement pour bien des amateurs d’Alice Cooper, enfin un peu de sang neuf. De plus, c’est le premier concept-album d’Alice depuis From The Inside, il narre l’histoire somme toute classique d’un démon tentant de corrompre un enfant innocent. Le disque, dans sa version collector, sera même accompagné d’un comic book plutôt bon signé Neil Gaiman (l’auteur de Sandman). Le morceau d’ouverture « Slideshow » est une véritable petite merveille, on retrouve en partie ce que l’on avait aimé sur Welcome To My Nightmare, avec une touche de modernité en plus. S’en suit un beau chapelet de titres forts tels que « Nothing’s Free », « Lost In Amercia » ou « Cleansed By Fire ». Assurément le disque de la résurrection artistique. Mais bizarrement Alice ne tournera pas pour promouvoir The Last Temptation, alors qu’il y avait matière à faire un beau spectacle.

Malgré une production musicale assez faible qualitativement, c’est bien cette période-là d‘Alice Cooper qui semble avoir marqué l’inconscient collectif. Durant ces quelques années, Alice multiplia également les apparitions au cinéma, très souvent dans des séries B sans grande envergure, mais aussi, et ce n’est pas rien, dans Le prince des ténèbres de John Carpenter.

LE TEMPS DES MÉTAMORPHOSES 

Avec The Last Temptation, le prince du shock-rock avait finalement abandonné le hard de pacotille typé 80’s pour voguer enfin vers des océans plus noirs. Il faudra toutefois patienter six longues années pour voir débarquer le successeur de The Last Temptation, le bien nommé Brutal Planet.

BRUTAL PLANET – 2000 / DRAGONTOWN – 2001

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La chose remarquable depuis le début du nouveau millénaire, c’est que les disques d’Alice semblent fonctionner par paires, avec une nouvelle mutation tous les deux albums. A chaque fois, le modèle est le même, le second opus de chaque diptyque est plus ouvert et varié, nous préparant ainsi à la métamorphose à venir. Mais pour l’heure, Brutal Planet et Dragontown lorgnent vers le metal industriel, Alice semble à son tour s’inspirer de Marilyn Manson (un juste retour des choses). Car en six ans, les goûts du public ont changé, et l’indu est très à la mode en ce début de décennie. On aurait pu craindre le pire, car le Coop’ semble, une nouvelle fois, vouloir surfer sur une vague, comme jadis avec le hard FM de Constrictor et compagnie. Mais il n’en est rien, car la qualité est bel et bien au rendez-vous. Sans être un chef-d’oeuvre, Brutal Planet demeure un album de haute tenue. Bien évidement, le son monolithique et massif typique de l’époque a déjà beaucoup vieilli, mais les nouvelles chansons sont diablement bien écrites. Les textes sont d’une noirceur abyssale et jamais Alice n’aura été aussi sarcastique. Le chanteur nous offre une vision finalement assez juste de ce que seront les peu glorieuses années zéro. En dehors du fait de dépeindre un monde presque post-apocalyptique, Brutal Planet délivre aussi quelques portraits des plus glauques. De la femme battue de « Take It Like A Woman » au freak néo-nazi de « Wicked Young Man », tout ici est puissant. De plus, l’emploi régulier du JE ajoute beaucoup au côté dérangeant de l’affaire.

Dragontown est le jumeau de son prédécesseur, creusant le même sillon, mais jouissant d’une plus grande variété et d’une production plus claire. Même si, au final, celui-ci s’avère être un cran en-dessous, la faute à quelques compositions un peu trop banales et manquant grandement de rythme et d’inspiration. Mais dans sa majeure partie, Dragontown se tient plutôt bien. La filiation entre les deux albums s’explique également par le fait qu’ils se situent dans le même univers. D’après son créateur, Dragontown est la plus violente des villes de Brutal Planet, un concept fort, une fois encore. Alice Cooper est indéniablement un grand portraitiste macabre, « Fantasy Man » et « Sister Sara » en témoignent. Le premier est une réminiscence white trash de « Wicked Young Man » tandis que le second se pose en remake glaçant de « Nurse Rozetta », une figure marquante de l’album From The Inside. Mais déjà le croque-mitaine s’apprête à changer de forme.

THE EYES OF ALICE COOPER – 2003 / DIRTY DIAMONDS – 2005

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Virage à 180° avec The Eyes Of Alice Cooper, exit le metal industriel et retour aux fondamentaux du rock basique et pas prise de tête. La noirceur qui hantait les précédentes livraisons disparaît elle aussi au profit de purs moments de déconnade et d’horreur décomplexée. C’est un fait, Alice regarde dans le rétroviseur, mais c’est un coup d’œil salvateur. On retiendra surtout « What Do You Want From Me », « Novocaine » ou encore « Detroit City », un vibrant hommage à cette ville si particulière qui aura vu naître le MC5 et les Stooges (entre autres). The Eyes Of Alice Cooper, tout comme Dirty Diamonds, est un album immédiat, enregistré quasiment live in studio dans l’urgence et l’énergie du moment.

Dirty Diamonds justement, est un des meilleurs disques du Coop’. Plus ouvert et mieux fichu que le précédent, celui-ci renferme des compositions d’une qualité redoutable. Du rock simple et efficace avec « Woman Of Mass Distraction » ou « Perfect », de la ballade vaudou avec l’inénarrable « Zombie Dance », mais aussi un hommage à peine dissimulé aux Black Sabbath des débuts, via le vibrant morceau-titre. L’album contient également « The Saga Of Jesse Jane », une ballade country & western travelo absolument incroyable. Alice Cooper y chante comme jamais, à la manière du Iggy Pop crooner de ces dernières années, mais en étant drôlement plus convaincant. Dirty Diamonds est l’aboutissement du trip rétro d’Alice et une fois encore, il annonce une nouvelle mutation.

ALONG CAME A SPIDER – 2008 / WELCOME 2 MY NIGHTMARE – 2011

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La grande passion du Coop’ a toujours été les albums-concept (comme on l’aura compris), souvent horrifiques et bardés d’épouvante pulp dans la plus grande tradition américaine. Along Came A Spider signe le grand retour de la chose dans la discographie du maître. Encore une histoire complètement barrée, celle d’un serial killer qui découpe des corps de femmes pour créer une araignée géante, rien que ça! Mais qui est ce tueur? Steven? Certains détails laissent imaginer que le petit garçon de Welcome To My Nightmare a sérieusement mal tourné. Musicalement, le projet sonne très hard-rock typé 80’s, mais étrangement, c’est une franche réussite. Les onze titres sont plutôt efficaces, ça déboulonne comme dans une bonne grosse série B, l’équivalent sonique d’un Slasher à l’ancienne. Un bon cru.

Le voici enfin, le projet tant attendu, dans les cartons depuis plus de vingt ans. La suite du légendaire blockbuster Welcome To My Nightmare. Cette sequel est le disque de tous les excès, multitude d’invités et de styles, production Bigger Than Life et grosse opération marketing. Autant le dire tout de suite, Welcome 2 My Nightmare déçoit autant qu’il enchante. Déception car l’attente fut trop forte, générant ainsi des exigences impossibles à combler, et enchantement car c’est tout de même un putain de bon disque. Steven fait toujours des cauchemars (ce qui ne remet nullement en cause l’hypothèse selon laquelle il serait le tueur de Along Came A Spider), et cela pour notre plus grand plaisir. Et puis réentendre le Alice Cooper Group réuni (à l’exception de Glen Buxton, mais il a un mot d’excuse du Saint Patron) le temps d’un « Runaway Train » absolument dévastateur, ça fait un bien fou. Welcome 2 My Nightmare n’est certes pas du niveau de son illustre aîné, mais qu’importe, il envoie du lourd et c’est tout ce qui compte.

Un nouvel album est prévu pour cette année, constitué uniquement de reprises, une autre mutation en somme. Bob Ezrin, le producteur fétiche, serait à nouveau aux manettes. Quoi qu’il en soit, gageons que le vieux croque-mitaine nous régalera encore grandement à l’avenir.

Toorsch’

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3 commentaires sur “ALICE COOPER, une oeuvre

  1. Jimmy Jimi dit :

    Evidemment, il y a de beaux albums, mais le personnage ne m’a jamais particulièrement touché, surtout quand ça se met franchement à tourner au grand guignol, mais je guetterai forcément son album de reprises. Merci pour ce long et beau billet que j’ai relu avec plaisir.

  2. Till dit :

    Je me suis doucement à Alice récemment, avant j’étais rebuté par le côté Grand Guignol comme Jimmy et par l’idée que c’était du hard-rock, genre avec lequel je n’ai aucune affinité. Pour ce qui est de guignol j’ai pas changé mais musicalement c’est plus rock musclé que hard-rock, ce qui passe beaucoup, beaucoup mieux.
    Y a quelques temps j’ai chopé à la médiathèque « Welcome to my nightmare 2 » pensant prendre le temps. Dommage, ce sera pour une autre fois.

    En tous cas, bel article rétrospectif.

    • toorsch dit :

      Salut les potes,
      Moi j’aime l’horreur de pacotille, le grand guignol, la bonne série B. J’aime ça au cinéma, et avoir l’équivalent musical est pour moi un véritable bonheur. Je comprends que cela puisse ne pas plaire…

      Classer Alice dans un style est délicat tant sa carrière est variée. Parfois, glam, hard ou simplement musclé, quand ce n’est pas pop ou folk…

      De plus, l’homme semble être plutôt sympathique, ce qui, convenons-en ne gâche rien…

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