TERRE BRULEE – John Christopher – 1956

lundi, mars 31st, 2014 par Pierre Sachet

Christopher-John-Terre-Brulee

Le virus Chung-Li détruit les rizières, la panique s’installe en Chine. C’est bientôt l’Asie toute entière qui meurt de faim devant des occidentaux impassibles protégés par leurs sciences et leurs gouvernements invincibles à leurs yeux. Lorsque le virus Chung-Li mute, s’attaquant au moindre brin d’herbe, la panique se répand jusqu’en Europe. Les gouvernements si puissants jusqu’alors implosent devant la masse immense d’affamés. L’Angleterre n’y échappe pas et seule une solution semble s’imposer: raser, par le feu des bombes, les grandes agglomérations pour permettre à de petits groupements de fermiers isolés de survivre. L’Angleterre sera ravagée, détruite, mais elle ne mourra pas.

Tel est le postulat de base du roman Terre Brûlée de John Christopher écrit en 1956 sous le titre original The Death of Grass, titre autrement plus cool et significatif.

La suite peut sembler digne d’un téléfilm. John Custance, architecte de son état et père de deux gamins, a vent du sinistre plan de survie. Il compte bien s’enfuir à temps pour rejoindre son frère David, propriétaire d’une ferme implantée suffisamment loin de toute ville pour échapper au feu rédempteur. Une ferme qui l’a vu grandir et qui pourrait bien être le point de salut pour lui et sa famille. Un eldorado hypothétique au bout d’un chemin long et ardu, semé d’embûches.

John Christopher décrit ici un road-trip au rythme effréné dans une Angleterre ravagée qui sombre très vite dans le chaos. Comme toujours, dans les bons récits de survie, l’horreur ne vient pas de la catastrophe, le danger ne vient pas des choses ou des éléments; l’horreur et le danger viennent toujours de l’autre, de celui d’en face, de notre double qui comme nous veut survivre, de celui qui devra tirer le premier. Ici, pas ou peu de bons sentiments, les diverses attaques, vols et viols que subiront les survivants auront bien vite raison de la fine couche de vernis d’humanité qui subsistait. Bien sûr le héros et sa famille feront preuve de clémence et d’empathie mais toujours de façon intéressée. Ils n’accepteront au sein de leur groupe (famille) que des valeurs ajoutées, les autres, au mieux, seront laissés de coté.

John Christopher montre efficacement la nécessaire perte d’humanité des Hommes pour survivre à l’après catastrophe au travers de John Custance. Le bon père de famille deviendra un véritable loup, chef de meute, un roi tyrannique qu’il faudra suivre et à qui il faudra obéir pour survivre. Un roi qui saura, pour le bien de tous, s’entourer de conseillers taillés pour la survie comme Pirrie, sans doute le personnage le mieux construit du roman. Un vieil armurier, tueur d’élite au fusil à lunette, qui multipliera les actions immorales (tuer sa femme pour littéralement prendre une autre très jeune…), mais qui est paradoxalement très sympathique et fascinant dès le début du récit. Ce rocher invincible sera l’une des clés de la probable réussite, et son ultime scène n’en sera que plus grandiose.

Autre clé de la survie, et grand axe du roman, la famille. Celle qu’on a par le sang et celle qu’on se choisit, qu’on se construit au hasard de la route. Petit à petit celle de John Custance se forme, mute. Au fil du récit, sa nouvelle famille prend forme, chacun prend son rôle en son sein ou en est exclu. Jusqu’à l’affrontement final où le héros devra faire un choix, celle du sang qu’on porte en nos cœurs ou celle du cœur née dans le sang.

Avec Terre Brûlée, John Christopher signe un road-trip profondément humain et affreusement vraisemblable, une oeuvre magistralement aboutie et bouleversante.

nobladeofgrass

NO BLADE OF GRASS – Cornel Wilde – 1970

Adaptation américaine de Terre Brûlée, No Blade Of Grass de Cornel Wilde est une grande réussite, probablement l’une des meilleures « fidèles adaptations » d’un roman que j’ai pu voir.

D’habitude je préfère qu’une adaptation transforme un peu le matériau de base, qu’elle pousse la réflexion plus loin, ou me surprenne à l’instar de The Mist de Frank Darabont qui magnifiait l’oeuvre de King. Là ce n’est pas le cas, on est dans la très haute fidélité, quasiment plan par plan. Fainéantise? Assurément pas! Le film, par petites touches, met en exergue ce qui transparaît dans le roman. La psychologie des personnages, leur descente en enfer pour atteindre le paradis, sont rendus de façon exceptionnelle par des acteurs au sommet. Et cette scène d’ouverture (clique!),  sur une musique de Roger Whitetaker (clique encore!) créée pour le film, absolument bouleversante et inquiétante tant elle se conjugue bien au présent .

Une vraie belle réussite qui n’a qu’un défaut, celui de dispenser le lecteur de se plonger dans le roman.

Sachet

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2 commentaires sur “TERRE BRULEE – John Christopher – 1956

  1. toorsch dit :

    Va pour le film alors, tu nous arranges une séance…

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