RY COODER – Concept albums et conscience politique

vendredi, avril 4th, 2014 par Toorsch

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Entre 1987 et 2005, Ry Cooder n’a pas publié d’album studio en son seul nom. Quelques bandes-originales de films, et surtout un grand nombre de collaborations avec des musiciens du monde, mais rien en solo. Ce tour du globe pour le moins exotique donna naissance à plusieurs disques de qualité tels que Talking Timbuktu avec Ali Farka Touré ou le Buena Vista Social Club, pour ne citer que les plus célèbres. Ry Cooder est un guitariste virtuose, c’est un fait, mais il ne donne jamais dans la démonstration inutile; ce spécialiste de la guitare slide sert toujours les intérêts de la musique avant tout. C’est pour cela que son talent ne connait aucune frontière, tant l’homme est capable de se fondre dans tous les styles qui passent à sa portée, tout en conservant sa griffe si particulière. Pour la petite info, le magazine Rolling Stone l’a élu 8ème meilleur guitariste de tous les temps. Pas étonnant pour un mec qui a posé sa gratte (souvent slide) sur un nombre incalculable d’enregistrements, Safe As Milk de Captain Beefheart, Sticky Fingers des Stones ou encore le premier album de Taj Mahal… 

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CHAVEZ RAVINE – 7 Juin 2005 – Lien Spotify

Chavez Ravine est un concept-album historique narrant l’histoire d’un quartier hispanique et pauvre de Los Angeles qui fut détruit dans les années 50 pour y implanter un stade de base-ball. Ce disque est la face cachée du rêve américain, celle des laissés pour compte, celle des moins que rien. Sur cet album, Ry Cooder compose peu, beaucoup de chansons appartiennent au folklore Mexicano-Américain de l’époque. Le mélange de morceaux originaux et de « traditionnels » offre un récit cohérent et intense, avec sa galerie de personnages typiques et ses multiples points de vue. Sur Chavez Ravine, Ry Cooder laisse souvent le micro à d’autres artistes pour plus d’authenticité. Aux titres très traditionnels (« Corrido de Boxeo » et « Ejército Militar ») se mêlent des morceaux aux allures plus modernes tel que « Chinito, Chinito » avec son beat hérité du hip-hop. Chavez Ravine est un bouillant melting-pot Tex Mex, un album certes historique mais toujours d’actualité, tant les choses ne changent pas.

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MY NAME IS BUDDY – 6 Mars 2007 – Lien Spotify

Encore un album-concept socio-politique, mais cette fois Ry Cooder prend le détour de la fable pour nous offrir un récit encore plus frontalement politique. My Name Is Buddy narre l’histoire de Buddy Red Cat (un chat), Lefty Mouse (un rat) et du Reverend Tom Toad (un crapaud) qui parcourent une Amérique pas encore totalement remise de la dépression. On y croise plusieurs figures historiques tels que le chanteur country Hank Williams (un ami du héros) ou encore J Edgar Hover, personnifié par un gros porc écœurant (au sens strict du terme). L’histoire est racontée du point de vue de Buddy, une sorte de hobo musicien en quête de liberté. Sur la route, il rencontre ses deux compagnons de fortune, ainsi qu’un grand nombre de personnages tantôt amis, tantôt hostiles. L’épais livret accompagnant l’album est un complément indispensable pour la bonne compréhension de l’histoire. Musicalement, My Name Is Buddy est beaucoup plus country et folk, un véritable trésor de belle musique américaine.

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I, FLATHEAD – 23 Juin 2008 – Lien Spotify

I, Flathead clôt en beauté la « Trilogie Californienne » entamée par le chanteur avec Chavez Ravine, même si l’histoire est plus confuse, plus abstraite, lorgnant vers la science-fiction via un personnage extra-terrestre nommé Shakey. On y suit les pérégrinations d’un chanteur de country, Kash Buk, et des ses Klowns au milieu d’une Amérique peuplée de beatnik et de coureurs automobiles sur des lacs salés. Si la pauvreté et les problèmes politiques sont toujours présents, ils ne semblent pas être le moteur principal du récit. Le titre de l’album renvoie à la nouvelle « I, Robot » d’ Isaac Asimov, le Flathead étant un moteur Ford souvent utilisé pour les fameuses courses de vitesses sur lacs salés. Musicalement l’album oscille majoritairement entre rock et country, le son y est plus moderne que sur le précédent disque. I, Flathead est une oeuvre à la sonorité très californienne, chaude et estivale. Plus proche du folk-rock des Byrds que de Hank Williams en somme.

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PULL UP SOME DUST AND SIT DOWN – 30 Août 2011 – Lien Spotify

Le disque de la crise financière, un chapelet de protest songs en forme de constat amer. Pull Up Some Dust And Sit Down est politique, mais surtout tristement contemporain, là où la précédente trilogie était historique ou abstraite. Avec cet album Ry Cooder attaque frontalement les responsables de la débâcle que subit le peuple. Le disque s’ouvre avec « No Banker Left Behind », une charge en règle contre les salopards qui ruinent le monde et s’en sortent bien souvent sans aucune égratignure. Le reste est dans le même ton, dans la plus grande tradition américaine de la chanson de protestation; les fantômes de Woody Guthrie et de Pete Seeger planent. Musicalement, Pull Up Some Dust And Sit Down est très varié, on y trouve du Blues (« John Lee Hooker For President »), du Chicanos (« El Corrido De Jesse James ») et même du Gospel avec le magnifique final « No Hard Feelings ». Assurément un très grand cru.

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ELECTION SPECIAL – 16 Août 2012 – Lien Spotify

Dans la même veine que le précédent, Election Special est encore plus radical. Ry Cooder ne met pas de gants lorsqu’il s’agit de constater le peu d’efficacité des années Obama. Même si l’on sent le chanteur profondément démocrate, cela ne l’empêche en rien d’avoir un regard critique sur le règne du superman de la politique. Pour preuve le très acide « Guantanamo », un beau symbole d’échec pour les libertés humaines. Avec « Mutt Romney Blues » ou « Going To Tampa » c’est toute la classe politique républicaine qui en prend pour son grade, Name Dropping vachard à l’appui. Musicalement le disque plonge dans le Blues ou plutôt les Blues, un coup acoustique injecté de folk, un coup électrique et grisant, du grand art.

A soixante ans passés, Ry Cooder reste un musicien prolixe qui livre à chaque coup des albums de grande qualité. Un guitariste du monde qui mélange les genres dans un gumbo toujours délicieux. Quand d’autres grands artistes de sa génération ne sont plus que des ombres, lui triomphe de tout en véritable héros humble. Cet homme est un trésor musical loin d’être reconnu à sa juste valeur.

Toorsch’

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2 commentaires sur “RY COODER – Concept albums et conscience politique

  1. Alexandre dit :

    Yo ! Ca fait un bail, je m’excuse, je prends le temps de lire tout ce qu’il se passe ici, mais je n’ai pas forcément grand chose à dire de plus sur tes posts que j’avais déjà commentés sur le blog précédent. Et surtout, c’est un peu le rush en ce moment. Je vais essayer de faire davantage d’efforts pour commenter.

    En tous cas cet article donne bien envie de se pencher sur la discographie de Cooder, une fois de plus. Ces disques ont l’air dingues… Et ta façon de raconter nous plonge en quelques lignes dans le récit, et quand on a terminé de te lire, on a immédiatement envie d’écouter Cooder nous en conter la fin. T’es doué.

    A bientôt donc !

    • toorsch dit :

      Yo!
      Merci, merci…
      Moi aussi je ne suis pas trop présent sur les blogs en ce moment. Beaucoup de mise en place pour le site, et d’intensifs visionnages de films pour le site également.

      Sinon, en ce qui concerne Ry Cooder, j’ai énormément écouté ces disques-là, mais tout le reste est grand aussi. Il y a du bon, du très bon et du géant, mais jamais de mauvais.

      Attention vaste disco, dur de savoir par où commencer, mais c’est cinq-là sont un bon début.

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