CHRISTOPHE/JEAN-MICHEL JARRE, le duo flamboyant.

lundi, avril 14th, 2014 par Toorsch

christophe les paradis perdus

LES PARADIS PERDUS – 1973 (écoutez l’album sur Deezer)

Attention album magnifique, mirifique et furtif, dont la beauté n’a d’égale que sa concision. Les paradis perdus est un étrange voyage dans le monde fantasmé d’un dandy lunaire. Christophe nous balance son rock sophistiqué oscillant entre blues du delta et glam synthétique, entre rockabilly des pionniers et electro futuriste, de la musique multiple et belle, du rêve en pâte noire et micro-sillon. Majoritairement concoctée en partenariat avec Jean-Michel Jarre (au texte, ce qui n’est pas commun), cette collection de chansons ne s’offre pas si facilement, tant les détails y sont importants, tant le travail d’orchestration et d’écriture est colossal. Les paradis perdus, c’est du rock à la française qui ne rougit pas et intègre la variété sans la moindre honte.

« Avec L’expression de mes sentiments distingués », zapping radiophonique d’anciens tubes, des fantômes du passé, des souvenirs anciens presque issus d’un autre monde. Mais Christophe est tourné vers l’avenir, comme le prouve « Emporte-moi », le premier véritable morceau de cet opus, une complainte synthétique portée par le bruit du vent, par une envie d’ailleurs. Nappée de synthétiseurs et de cordes, cette ballade complexe exhibe ses courbes vertigineuses avec pudeur. Changement radical d’ambiance avec « Mama », un blues futuriste en forme de rédemption, le fantôme de Ziggy Stardust plane. Bien sûr il y a « Les paradis perdus », ce sommet miraculeux, aéré et chargé à la fois; de la voix à l’orchestration, tout est parfait. Du haut de ses sept minutes, ce morceau intimide par sa densité, et les zébrures séminales de la seconde partie sèment le trouble, elles désorientent autant qu’elles enchantent. Enfin, « Ferber endormi », un au revoir serein qui annonce déjà Les mots bleus à venir, un autre grand moment.

Christophe-les-mots-bleus

LES MOTS BLEUS – 1974 (écoutez l’album sur Deezer)

Un an après le chef-d’oeuvre que fut Les paradis perdus, le binôme Jean-Michel Jarre/Christophe récidiva avec Les mots bleus, un album du même acabit. Toujours ce rock dandy d’une classe folle, jouissant d’un raffinement peu commun, surtout de ce côté-ci de la Manche. Le seul capable, en France à cette époque, de rivaliser avec Christophe sur ce registre, était Michel Polnareff, les deux hommes avaient en commun le don d’allier sophistication et variété afin de créer un rock hybride droit dans ses bottes. Un numéro de funambule qui fonctionne uniquement grâce à un juste dosage, un équilibre parfait.

« Le dernier des Bevilacqua » c’est la limpidité même, tout Christophe est dans cette chanson; l’homme, l’artiste et ses influences se mélangent dans un magma complexe. L’introduction démarre façon Flash Forward de mots bleus, avant de virer prog-rock à la Pink Floyd pour enfin dériver vers la chanson proprement dite. Entre autobiographie et mythologie, le chanteur brouille les pistes et règle ses comptes tout en gardant près du cœur les plus beaux symboles de son Italie d’origine. Ce morceau d’ouverture est un monde à lui seul, long de neuf minutes, il est changeant, sinueux et épique; difficile de reprendre ses esprits à la sortie d’un tel voyage. Forcément il y a « Les mots bleus », ce miracle en forme de tube intemporel, exactement le genre de morceau qui vous happe vers un ailleurs, vers une autre réalité. Il y a une vraie dimension apocalyptique dans « Les mots bleus », une ambiance terminale qui fait froid dans le dos. Finalement la romance passe au second plan, et on se dit que toute la beauté de la chanson réside dans ses contraires. « Le petit gars » est un rock urbain et froid, une sorte de Lou Reed à la française, de « Walk On The Wild Side » onirique et cauchemardesque peuplé de visions de fin du monde.

Les mots bleus, tout comme Les Paradis perdus, est un indispensable. Le duo Christophe/Jarre aura, en plus de quelques singles bien sentis, accouché de deux LP fabuleux, deux pierres angulaires du rock d’ici, mais pas uniquement…

Toorsch’

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4 commentaires sur “CHRISTOPHE/JEAN-MICHEL JARRE, le duo flamboyant.

  1. Alexandre dit :

    Ah ! 🙂 Tu sais comme je les admire ces deux-là.
    C’est marrant, mais on m’a offert « Intime » récemment (il est très très beau, et me console à 100% de ne pas avoir de nouveau disque studio, c’est dire à quel point il est bon), et ce disque m’a fait réécouter énormément de Christophe. Surtout « Samouraï », « Olympia » (de 75), « Aimer ce que nous sommes » et « Comm’si la terre penchait ». Ceux que j’aime énormément mais dont je ne connais pas encore par cœur la moindre microseconde. Pas encore…

  2. Charlu dit :

    Pffff T, qu’est ce que tu veux que je te dise !!!! j’ai tt usé sur Totophe… ah si.. tu sais à qui ça me fait penser ? On dirait Jean-Claude Duce qui veut immiter Polnareff :DD

  3. Toorsch dit :

    Yo Alex, je devrais avoir « Intime » sous peu, j’ai vraiment hâte… Et oui, « Samouraï » est un peu disque…

    Hey C Man, c’est Duce qui surpasse Polnareff tu voulais dire ^^

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