CHRISTINE – John Carpenter – 1983

dimanche, mai 18th, 2014 par Toorsch

Christine

Arnie, adolescent complexé, achète une Plymouth Fury de 1958. Avec patience, il la remet en état jusqu’à ce qu’elle soit flambant neuve. Rebaptisée Christine, elle devient peu à peu sa seule passion. C’est alors que le comportement d’Arnie se modifie; il faut dire que se retrouver propriétaire d’une voiture animée d’une vie propre et mue par un instinct meurtrier n’est pas spécialement de nature à calmer les anxieux.

Comme d’habitude il y a de quoi redire quant au pitch situé au dos du dvd, mais passons. Lorsqu’en 1983 John Carpenter livre son adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephen King, il n’est plus tout à fait un débutant, le « jeune cinéaste » ayant déjà réalisé plusieurs chefs-d’oeuvre du cinéma de genre (The Thing, Halloween, Escape From New York…). Mais Christine est avant tout la rencontre entre deux personnalités fortes du fantastique, d’un côté le romancier le plus en vue de son époque et de l’autre l’un des réalisateurs les plus brillants de sa génération. Ce qui est à la fois excitant et redoutable.

A la manière du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de John Carpenter est une adaptation très libre du roman de Stephen King. Ce qui ne manquera pas, on s’en doute, de froisser les puristes du romancier, mais force est de constater que le résultat est absolument bluffant. Le scénariste Bill Phillips et le réalisateur ont simplement choisi de traiter de façon totalement différente l’intrigue principale. Là où le roman se basait sur la lente descente aux enfers de son personnage principal sur fond de possession motorisée, le film se montre beaucoup plus frontal, n’expliquant jamais le comportement de Christine. Cette pute de Plymouth est telle qu’elle est, point final. Ce qui cinématographiquement parlant est beaucoup plus judicieux… Pour résumer, le roman est plus dense, son déroulement ainsi que son intensité sont supérieurs, mais en fin de compte, le bouquin n’aurait certainement pas fait un aussi bon film que le traitement de Carpenter.

Si le réalisateur se met incontestablement au service de l’histoire tout en offrant la bobine la plus « Hollywoodienne » de sa jeune carrière, Christine possède au final tous les ingrédients d’un grand Carpenter. Bien que le film ne traîne pas outre mesure, celui-ci se montre tout même assez lent, très insidieux dans sa manière de traiter les éléments fantastiques et horrifiques. Les scènes de meurtres et de régénérations de Christine sont d’une beauté affolante. La patte du maître, quoi!

Les jeunes acteurs font leur taf, à grand renfort de dialogues savoureux (obligation de passer par la case V.O. pour jouir pleinement de la chose), en particulier Keith Gordon qui campe un Arnie Cunningham absolument troublant et glaçant. Une prestation haut-de-gamme pour ce qui restera le plus grand rôle de sa carrière.

Comme à l’accoutumée (à l’exception de The Thing dont la B.O fut signée par Ennio Morricone), c’est John Carpenter et Alan Howarth qui ont composé l’intégralité du score. Et comme d’habitude, celui-ci est glacial, mécanique et synthétique, en parfaite symbiose avec les images défilant sur l’écran (la mise à mort de Buddy Repperton est un modèle du genre). Mais à la différence des précédentes réalisations de John Carpenter, ici le score est beaucoup moins présent, quasiment relégué au second plan; le gros de l’ornement musical étant le fruit des vieux standards Rock’n’Roll s’échappant de l’auto-radio de la diabolique Plymouth Fury rouge sang. Uniquement des mets de choix cela dit, Buddy Holly, Little Richard ou encore Dion And The Belmonts, pas de la piquette!

Pour finir, il faut ajouter que le film passe plutôt bien l’épreuve du temps, les effets spéciaux sont toujours convaincants trente ans plus tard et ne sauraient l’être davantage en images de synthèse. Christine n’est sans doute pas l’oeuvre la plus mythique du Big C, mais quel PUTAIN DE FILM!

Le bonus déviant:

Christine est une Plymouth Fury rouge de 1958, or aucune Fury Rouge n’est sortie des chaînes de production cette année-là. De plus, tandis que dans le livre Stephen King la décrit comme étant un modèle 4 portes, inexplicablement c’est un coupé qui fut choisi pour le film.

Dans le même genre, Dennis, l’ami d’Arnie conduit une Plymouth Duster de 1975 dans le roman, alors que celui-ci pilote une rutilante Dodge Charger de 1968 dans le long-métrage de John Carpenter.

Teaser (Youtube)

Toorsch’

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12 commentaires sur “CHRISTINE – John Carpenter – 1983

  1. bistroman dit :

    John Carpenter est mon réalisateur préféré. Depuis son premier essai « Assault sur central 13 », puis « The Thing », « Fog », « le Prince des ténèbres », « Vampires », sans oublier « New York 1997 », « Los Angeles 2013″… J’adore.

    • toorsch dit :

      Le prince des ténèbres est l’un de mes favoris. J’adore également L’Antre de la folie… Mais je pourrais tous les citer… Je suis fan du mec en tant que cinéaste mais aussi compositeur…

  2. devantf dit :

    Je n’ai pas de souvenir particulier de ce film, j’adore Carpenter, sauf un film revu et mauvaise impression maintenue, contre l’avis de mon ami. Cette histoire de Lunette qu’il faut porter pour découvrir la manipulation… Métaphorique ui, OK, mais que ce film m’avait paru lourdaud.
    Christine est donc à retenter alors? il faut que je me pense à le chercher;
    Je vote pour le non respect des romans, pas de raison, ou plutôt que des bonnes raisons.

    • toorsch dit :

      Salut, le film dont tu parles c’est « Invasion Los Angeles » ou « They Live » en v.o. Un film plutôt cool, enfin moi j’adore, qui a certes vieilli mais qu’importe. Dans un genre « similaire » je te conseille « Le prince des Ténèbres » de Carpenter toujours, qui est brillant de bout en bout.

      Et enfin, oui, regarde Christine, c’est un classique 🙂

      • devantf dit :

        Oui, le « Prince.. « fut un bon cru. Je me suis trouvé « Christine », en parlant de ça (ha ha, tu comprendras ce rire juste après) je continue à lire de temps en temps les livres d’un finalement grand auteur, le King, le Stephen. Et je suis dans ÇA.
        Faut que je regarde si « vous » avez abordé cet auteur, j’ai cru voir … A+

  3. devantf dit :

    Ha ben, non, j’avais cru. ÇA viendra peut-être?

    • toorsch dit :

      Non pas encore eu le temps, mais il y a matière. Il faut que le lise « ça », car il parait que le roman est très flippant et gore. Bien plus que le film, qui envoi déjà pas mal. Surtout quand tu es môme, de quoi te traumatiser des clowns.

      Quand tu auras vu le film, n’hésite pas à donner ton avis…

      a+

      • devantf dit :

        Le roman? Gore? C’est vrai mais c’est limite secondaire, il a réussi – comme dans STAND BY ME – à décrire une relation d’amitié entre des personnages issues de l’adolescence tellement attachante. Leur lutte contre ÇA pourrait être remplacé par des combats contre des mafieux ou bien des participations aux guerres que ÇA ne changerait pas grand chose. La VIE y est tellement bien racontée, sans oublier les portraits made in US. Un must dans le genre. Le genre? Roman bien entendu!

  4. RanxZeVox dit :

    Bien vu l’aparté sur les modèles de voitures. Et le reste aussi évidemment. Christine est un pur teen movie, un exercice de style. C’est un film que j’adore, au même titre que le roman mais pour des raisons totalement opposées.

    • toorsch dit :

      Je suis assez d’accord avec toi, Christine, c’est le Teen Movie classieux par excellence. Le roman et le film sont si différent, mais ce qui est sur, c’est que le roman aurait fait un moins bon film et inversement.

      • RanxZeVox dit :

        C’est certain que Christine est un roman difficile à adapter au cinéma dans la mesure où c’est une histoire de possession. Shining posait le même problème, d’ailleurs les deux histoires sont assez similaires dans le fond. Et quelque part les deux films souffrent du même inévitable défaut, le cabotinage des acteurs. Pas évident de jouer un possédé tout en restant sobre (le pompon va à L’exorciste dans ce registre, mais Friedkin a choisi l’excès et au final la surenchère fonctionne mieux que la recherche d’un équilibre précaire).
        Alan Parker avec Angel Heart avait trouvé une parade intéressante en choisissant de ne pas montrer Mickey Rourke dans ses moments de démence (sauf par un court flashback à la fin).
        Pour en revenir à Stephen King, le film le plus fidèle à un de ses livres est Simetierre, et je l’aime beaucoup. Mais l’histoire s’y prête, c’est avant tout un suspens entretenu par une succession de drames et les traumatismes viennent de faits plausibles. Jusqu’aux résurrections évidemment (même si certains diront que c’est également plausible))) mais elles ne sont que prétextes à un peu de gore.
        J’aurai été curieux de voir ce que Hitchcock aurait fait d’un roman de King, Cujo notamment, cette histoire d’adultère culpabilisant et de chien enragé lui aurait collé comme un gant.

  5. toorsch dit :

    J’aime beaucoup l’excès des deux films que tu cites, dans le cas de Shining je trouve le métrage de Kubrick absolument grandiose, certes éloigné du livre, mais est-ce bien grave? Il n’y guère que King pour râler Là encore se pose la traditionnelle question de la fidélité d’une adaptation. Question somme toute assez vaine…

    Quant à Simetierre, n’ayant pas encore lu le livre (que j’ai pourtant deux fois dans ma bibli), je te fais entièrement confiance. Mais oui, le film est très bon.

    Pour Cujo, je n’avais jamais envisagé les choses sous cet angle… mais pourquoi pas! Le film est une bonne bobine pour une séance de minuit je trouve. Le genre de petite série B bien sympa.

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