BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part II

dimanche, mars 8th, 2015 par Toorsch

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THE BALLAD OF MUDDY & JOHNNY

L’importance du métissage. Très vite, le blues a explosé les frontières raciales: Elvis, le rock’n’roll, tout ça, ce mélange de country et de blues (pour schématiser). Puis les anglais dans les années 60, de véritables fondus de musique noire, remettant sur le devant de la scène de vieilles gloires de la musique bleutée, alors même que leur grand pays d’origine les avait sordidement oubliés. C’est bien de ça dont il sera question dans ce deuxième numéro de Blues Blues Blues and Soul!, de résurrection et de métissage. Du delta du Mississippi à Chicago en passant par le Texas…

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JOHNNY WINTER – Johnny Winter – 1969

Après un premier essai massif intitulé The Progressive Blues Experiment publié chez Sonobeats en 1968, l’albinos sort en juin 1969, Johnny Winter, son premier album chez Columbia. L’aîné d’une longue lignée de rejetons turbulents…

Dès les premières notes de « I’m Yours And I’m Hers », l’affaire sent le souffre, les enchevêtrements de guitares slide collent le frisson, c’est tout le blues qui résonne du plus profond de la terre. Plus urbain, « Be Careful With a Fool » trace sa route jusqu’aux salles enfumées de Chicago, BB King dans le viseur. La guitare bavarde trace des solos zigzagant sur le bitume moite, comme les serpents dans les champs de coton autrefois. Grande classe. Retour au ventre originel avec « Leland Mississippi Blues », une composition originale de Winter, l’albinos y sonne noir de jais. Mais n’y voyez pas une bête forme de mimétisme ou un blues d’apparence, tout est viscéral.

Les passages acoustiques sont tout aussi réjouissants, personnellement, je n’aime jamais autant Johnny Winter que lorsqu’on le prive d’électricité. « Dallas » et « When You Got A Good Friend » abondent clairement en ce sens. La première est une folie slide rapide comme une balle de revolver tandis que la seconde est une ballade sudiste empruntée à Robert Johnson, donc forcément un peu au diable…

Lien Deezer

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MUDDY WATERS – Hard Again – 1977 

En 1977 Muddy Waters et ses flingueurs ne sont plus rien, de vieilles gloires sans gloire ni public; même Chess, leur légendaire maison de disque, a lâché l’affaire. Putain, ces mecs qui sont un peu à la base de tout, traités de cette manière, dans l’indifférence la plus générale, il y a de quoi perdre définitivement foi en l’humanité!

Mais ça, c’est sans compter sur Mr Winter, qui débarque à Chicago pour voler au secours de son héros. Ni une, ni deux, il fait signer Muddy Waters sur le label Blue Sky et l’amène illico en studio. Le résultat dépasse l’entendement. Plus qu’une résurrection, Hard Again est une nouvelle table des lois du blues. L’un des disques les plus bouillants de 1977, les punks peuvent bien retourner à leurs épingles à nourrice, ils ont déjà perdu la guerre.

Démarrant par une décapante version de « Mannish Boy », Muddy Waters rappelle à ceux qui l’avaient oublié un peu vite, que c’est bien lui le patron! Sexué comme jamais, « Mannish Boy » roule dans le vice comme un ivrogne dans le caniveau. Et puis ce riff de guitare mêlé d’harmonica, avare en note mais si puissant, l’une des plus belles définitions sonores du Blues. « Bus Driver » trace sa route sur les mêmes itinéraires poussiéreux, on y croisera de multiples pièges, des croisements, des diables, mais même eux ne peuvent rien contre Muddy et sa caravane de freaks.

L’affaire est entendue, Hard Again est un chef-d’oeuvre qui n’usurpe pas son appellation (trop souvent d’origine incontrôlée). Tout y est quintessence. Suprême de blues servi sur un lit rustique. Johnny & Muddy, trop blanc, trop noir, juste de la bonne couleur…

Lien Deezer

Waters et Winter, deux artistes liés à jamais dans les arcanes du blues, deux hommes aujourd’hui disparus, jammant quelque part dans l’espace, avec Johnson, McTell, Dixon et tant d’autres. Toujours sur une planète bleue…

Toorsch’

Post-scriptum: L’image agricole qui orne fièrement cet article est tirée du manga Me And The Devil Blues de Akira Hiramoto, inutile de préciser que c’est une lecture fort recommandable.

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