BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part III

samedi, mars 14th, 2015 par Toorsch

grettings detroit

MOTOR CITY DRAMA

Dans ce troisième épisode, nous quitterons quelque peu les sentiers ravagés du blues pour les routes en apparence moins tumultueuses de la musique Soul. Direction Detroit, la fameuse Motor City, également connue sous le nom de Motor Town, bref vous l’aurez compris, c’est bien de la glorieuse maison Motown dont il sera question. Et comment Berry Gordy, le patron, a perdu la bataille contre deux de ses plus brillants artistes.

A la manière des constructeurs automobiles implantés en ville, Berry Gordy a mis au point une méthode de production que l’on pourrait aisément qualifier d’industrielle. Même studio, même producteur et mêmes musiciens pour chaque artiste maison. Pas de traitement de faveur, pas de pertes de temps avec les humeurs et les délicatesses de chacun. Il faut que la marchandise sorte afin d’inonder les ondes radios, point! Un procédé qui a fait ses preuves, puisqu’on ne compte plus les hits issus des entrepôts de la firme. Mais tout ça c’est bien beau, et même si les chansons sont bonnes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus exaltant pour les artistes bridés en mal de projets plus ambitieux…

whatsgoing

MARVIN GAYE – What’s Going On – 1971

Alors qu’ailleurs, la musique noire explose les formats et les carcans, chez Motown les choses ne semblent pas avoir évolué depuis les années soixante. Berry Gordy mène sa barque d’une main de fer sans trop se méfier de la tempête qui se profile à l’horizon. De son côté Marvin Gaye est en pleine dépression, toujours pas remis (le fut-il un jour?) du décès de Tammi Terrel, son âme sœur artistique. En fait Marvin est comme l’Amérique toute entière, au plus bas. Guerre du Vietnam qui n’en finit pas de finir, émeutes, violences policières, conflits raciaux, la liste est longue. Dans de pareilles conditions, comment chanter encore de vaines amours adolescentes?

What’s Going On est construit comme une symphonie profondément noire, tant par le ton que par la musicalité. Si derrière son groove chaud et rassurant, l’album cache un réaliste constat d’échec, il est surtout un formidable agitateur de consciences, qu’elle soit politique, religieuse ou, c’est une première, écologique. Mais la grande force de What’s Going On est aussi (surtout?) d’être incroyablement beau et brillant. D’une richesse déconcertante, les arrangements sont luxuriants tout en restant sobres et le chant de Marvin semble être en complète connexion avec les gouffres tourmentés de son âme. Jamais plus il n’atteindrait ce zénith émotionnel par la suite.

Un premier mixage datant du 5 avril 1971 fut refusé par Berry Gordy au profit d’un second plus policé. Il est cependant disponible sous le nom de « Original Detroit Mix » sur la réédition version deluxe de l’album. Plus urbain et musclé, celui-ci offre aussi plus de relief aux compositions.

Lors de sa sortie, l’album rencontra immédiatement un vif succès, restant classé dans le billboard durant plus d’un an et demi, de quoi faire vaciller les convictions du grand patron et ouvrir un boulevard aux autres artistes maison.

Lien Deezer

Innervisions

STEVIE WONDER – Innervisions – 1973

Emboîtant le pas de son collège, Stevie Wonder (ex Little Stevie Wonder) fait lui aussi sa déclaration d’indépendance en 1972 avec Music Of My Mind, le premier album d’une splendide série. Durant sa période classique, en gros de 72 à 76, Stevie Wonder a publié 5 albums. Tous d’authentiques chef-d’œuvres. Le Daredevil surdoué y joue de presque tous les instruments et use d’influences diverses, le prisme est large, du blues moderne, du funk, de la soul et des ballades belles à en crever. Un rêve.

Innervisions débarque dans la chaleur torride de l’été 73 avec pour lourde tâche de succéder à l’infernalement réussi Talking Book et son chartbuster « Superstition ». Le truc c’est que le Stevie de cette période peut tout faire, à tout juste 23 ans il possède déjà une solide expérience du métier (rappelons qu’il a commencé à seulement 12 ans), c’est un artiste au sommet de son art.

D’entrée de jeu, Wonder décoche l’une de ses plus fines flèches, « Too High » fait littéralement décoller le disque. En partance pour Planète funk, pas de retour possible. « Visions » quant à elle est plus douce, elle possède ce son cristallin et cette limpidité mélodique particulières que l’on ne retrouve que chez Stevie Wonder, il en abusera d’ailleurs avec nettement moins de brio durant la décennie suivante. Mais pour l’heure, la chanson est simplement parfaite…

Si j’ai choisi ce disque plutôt qu’un autre de la « période classique » de Stevie Wonder, c’est uniquement car il renferme deux tueries urbaines et moites, suintantes de funk fiévreux: « Living For The City » et « Higher Ground ». La première est une satire sociale qui préfigure déjà le rap et montre la direction à prendre pour les vingt années à venir. Les sons de la ville, les sirènes de police et les dialogues gangstas  se mêlent et se fondent dans le bouillonnant gumbo de bitume concocté par le maître de cérémonie. « Higher Ground » est plus léger et dansant, c’est une sorte de version speedée et moins sexy de « Superstition », mais dont le groove est dément, à la manière du « Green Onion » de Booker T. D’une efficacité redoutable, ‘Higher Ground » c’est la bible des grooveurs modernes, Black Keys en tête.

Lien Deezer  

Parallèlement à l’émancipation de ses artistes phares, la maison de disque quitta Détroit pour se fixer à Los Angeles, la cité des faux-semblants, et rien ne sera plus jamais pareil. Aujourd’hui que reste-t-il de la grande entreprise Motown? Pas grand chose, à part un logo parfaitement interchangeable…

Toorsch’

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2 commentaires sur “BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part III

  1. Jimmy Jimi dit :

    Il nous reste également une tonne de souvenirs. Pour le reste, comme dit la chanson: « les meilleurs choses ont une fin »…
    Merci pour cette troisième partie, je me suis régalé à te lire.

    • toorsch dit :

      Merci Jimmy,

      Tu as raison, les souvenirs, les fantasmes et les disques surtout.

      Le quatrième épisode est dans les starting block.

      Je fouille en parallèle les bacs du Gibert du coin à la recherche de perles rares en Soul et en Blues et la pêche est bonne pour le moment. Du coup, je ne sais pas trop de quoi sera fait le futur de cette série…

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