BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part VI

vendredi, mars 27th, 2015 par Toorsch

Greetings from Memphis, TN

926 EAST McLEMORE AVENUE

Après avoir arpenté les dépôts de la Motown à Detroit, nous voilà à Memphis dans le Tennessee à la recherche d’une adresse bien précise, le 926 East McLemore Avenue. Emplacement du mythique studio d’enregistrement de la maison Stax, la grande rivale sudiste de la Motown. Le nord contre le sud, toujours, Hitsville contre Soulsville. Deux écoles, deux sons pour servir la même musique. La Soul, avec un S majuscule.

McLemore Avenue, ancien cinéma Capitol, en plein ghetto noir, les années soixante, le sud des Etats-Unis, les tensions raciales. Pas la peine de vous faire un dessin, l’ambiance est électrique et cela se ressent dans la musique. Le son Stax est plus tranchant que celui de son homologue du nord, plus mordant aussi, les racines blues y sont plus présentes, soutenues par quelques relents de country. Définitivement, cette Deep Soul possède un truc en plus.

C’est Booker T & The M.G.’S, un groupe mixte (« racialement » parlant, ce n’est pas rien pour l’époque), qui sert de backing band sur presque tous les enregistrements maison. Dans le même esprit, Isaac Hayes et David Porter écriront un grand nombre de morceaux pour les artistes Stax. Une méthode qui n’est sans rappeler celle utilisée par les concurrents de Détroit…

sam & dave

SAM & DAVE – Hold On, I’m Comin’ – 1966

Double Dynamite était le surnom de Samuel David Moore et David Prater alias Sam & Dave, un surnom loin d’être usurpé, tant ces deux-là explosaient littéralement d’énergie, tant sur disque que sur scène. Surtout sur scène d’ailleurs.

Hold On, I’m Comin’ est le deuxième album du duo, et comme cela se faisait souvent à l’époque, il est un assemblage de 45 tours agrémenté de quelques pépites inédites. La plupart des titres sont écrits et composés, comme il est de coutume chez Stax, par Isaac Hayes et David Porter, parfois secondé par Steve Cropper. La section rythmique est assurée par Booker T. et sa bande tandis que les Mar-Keys officient aux cuivres. Une sacrée somme de talent pour un résultat défiant toute concurrence. C’est simple, il n’y a rien à jeter, pas un déchet.

« Hold On, I’m Comin' », fait gaffe, j’arrive, une chanson envoyée comme une sommation, une mise en garde. C’est que la chose est brûlante, lourde de tension, qu’elle soit musicale ou sexuelle. Les cuivres résonnent, quelques notes, pas plus, d’une redoutable efficacité, la section rythmique cavale d’un pas vif, tranchante comme une lame de rasoir. Là-dessus, les faux-frères envoient la foudre au travers d’un chant soul et puissant. La synthèse parfaite du son Stax en deux minutes chrono.

Le reste est presque toujours du même niveau, alternant entre soul tapageuse et ballades fiévreuses. Dans cette seconde catégorie, « I Got Everything I Need » est un sommet. Mélodie d’or et profondeur vertigineuse, un truc qui met à genoux toute la pop blanche d’alors sans le moindre souci!

Les années soixante furent une époque dorée pour Sam & Dave, mais la suite sera moins digne. Sam plonge dans l’héro, les deux hommes ne se supportent plus, finissent par ne plus se croiser que sur scène et quand ce n’est pas le cas, ils se battent dans les coulisses. Ensuite, l’affaire classique: séparation, reformation, re-séparation et ainsi de suite…

Lien Deezer

hot buttered

ISAAC HAYES – Hot Buttered Soul – 1969

Enregistré entre Memphis et Détroit, Hot Buttered Soul est un album phénoménal, une oeuvre de légende gavée d’une sorte de soul progressive aux arrangements dantesques. Cette musique ne trouve aucune forme d’équivalence probante ailleurs, à part peut-être dans le jazz pour ce qui est de l’éclatements des formats, et encore.

Avec Isaac Hayes, la pop, certes millimétrée, mais mignonnette du « Walk On By » de Burt Bacharach et Hal David mute en un long coït musical de douze minutes aux accents cinématographiques. Déjà l’introduction mettra tout le monde d’accord, on est clairement dans le domaine des dieux, on touche au sublime, à quelque chose qui se situe en dehors des limites du temps et de l’espace. Les montées de cordes et de cuivres, les envolées de la rythmique, la guitare électrique délicatement saturée, le tout mêlé à la voix profonde et chaude de monsieur Hayes. A côté de ça, toute autre réalisation paraît soudainement terne, insignifiante et sans valeur.

Autre Everest, dix-huit minutes au compteur (s’il fallait compter), « By The Time I Get To Phoenix » emprunté à Jimmy Webb. Là encore, il ne reste pas grand chose du morceau d’origine, aussi beau soit-il, celui-ci disparaît complètement sous la densité noire de sa version revisitée. Réinventée? L’introduction s’étale désormais sur neuf longues et hypnotiques minutes, tandis que le Black Moses prêche, le clavier reste bloqué sur une seule et même note, à peine troublé par le cliquetis répétitif des cymbales. Puis tout change, arrivent les cordes, aux enchevêtrements complexes, puis quelques cuivres, d’abord discrets puis mordants, de plus en plus mordants… crescendo, decrescendo.

Mais comment diable faisait-il? Comment faisait-il pour ne pas perdre l’essence même de la musique soul dans une telle sophistication, alors que la plupart des rockeurs progressifs ont égaré l’énergie première du rock’n’roll à force d’excès? Le mystère reste entier, et c’est mieux ainsi…

Lien Deezer

booker_t_mclemore

BOOKER T. & THE M.G.’S – McLemore Avenue – 1970

Pas forcément le plus emblématique des disques de la formation, mais assurément le plus curieux.

Petit rappel des faits: en 1969, les Beatles publiaient Abbey Road, un adieu (même si Let It Be, enregistré avant, sortira après…) de toute beauté, une fin digne du plus grand groupe de tous les temps (si!). Booker T. aima tellement Abbey Road qu’il décida d’en enregistrer sa propre version, juste comme ça, pour dire merci. Abbey Road devint donc fort logiquement McLemore Avenue… La pochette faisant elle aussi écho à celle, devenue mythique, des célèbres anglais.

En fait l’album se présente sous la forme de trois medley plus « Something » et est entièrement instrumental, à l’exception du segment « The End » qui lui, est chanté. Un adieu plein de bon sens (merci Paul), particulièrement bien mis en avant pour le coup. Musicalement Booker T. et ses M.G.’s réussissent sans trop de mal à coller leur patte sur les morceaux des Beatles. Le son est profond comme aux grandes heures de Green Onions, même si la puissance ne semble jamais pleinement libérée. Le poids de l’hommage sans doute. L’album offre toutefois un regard très pertinent et autre sur l’oeuvre finale des Fab Four.

Lien Deezer

Ici nous quittons le Tennessee, la route du blues est encore longue. Mais nous croiserons à nouveau l’écurie Stax, ailleurs, peut-être en Europe…

Toorsch’

Publicités

Si tu veux, tu peux même laisser un commentaire!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :