BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part VII

dimanche, avril 5th, 2015 par Toorsch

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WINTERS ARE COMING

Ils méritent bien un épisode rien qu’à eux les frangins Winter, tant ils sont légendaires. Edgar et Johnny, les frères pétards du Texas, les deux marcheurs blancs du Blues Rock. L’un était un as de la six cordes, un virtuose bluesymaniaque capable de croiser le fer avec Hendrix, l’autre est un touche-à-tout sublime, multi-instrumentiste récidiviste et protéiforme. Les deux sont albinos, blancs immaculés distillant une musique de noirs.

Progressive

JOHNNY WINTER – The Progressive Blues Experiment – 1968

Johnny Winter débuta sa carrière musicale alors qu’il n’avait qu’une petite quinzaine de printemps (ou d’hivers, c’est selon), à la jonction des années 50 et 60. A cette époque déjà, il donnait des concerts dans les bars tout en enregistrant quelques bricoles sur différents labels locaux, notamment « School Days Blues » avec son frangin Edgar, sous le patronyme de Johnny And The Jammers. Mais c’est en trio, accompagné de Tommy Shannon à la basse et Uncle John Turner à la batterie, que Johnny publia en 1968 son premier véritable album, le furieux The Progressive Blues Experiment.

Enregistré en seulement deux nuits dans un club vide, le Vulcan Gas Compagny, ce premier jet donne dans le poisseux, sans la moindre fioriture, juste de l’énergie brute et la fougue de la jeunesse. C’est qu’à seulement 24 ans, Winter, sans avoir besoin de forcer le trait, sonne déjà comme les grands anciens. Il faut entendre l’albinos s’approprier le célèbre « Rollin’ and Trumblin » de Muddy Waters pour en saisir toute l’ampleur; sur la corde raide, il speede son blues sous acide, toujours dans la zone rouge, la guitare slide en bandoulière. Ici et là, quelques originaux se glissent parmi les standards de BB King, Howlin’ Wolf et Slim Harpo, baignant dans le même jus épais. Et si « Black Cat Bone » sonne comme un décalque du « Dust My Broom » d’Elmore James, souvenons-nous que ce même James tenait lui-même la chose de Robert Johnson. Le blues est une affaire de pilleurs.

The Progressive Blues Experiment est sans doute l’album le plus énergiquement juvénile de Winter, à la fois excessivement électrique et rustique. Il n’est certes pas aussi fameux que les deux albums qui suivront, mais il possède déjà le Mojo.

Lien Deezer

edgar entrance

EDGAR WINTER – Entrance – 1970

Quelques mois après avoir secondé son grand frère sur l’album Second Winter en y assurant saxophones et claviers, le jeune Edgar se lance lui aussi avec un premier disque absolument magnifique. Difficilement identifiable, Entrance est une cathédrale sonore vertigineuse, à la fois hétéroclite et resserrée autour d’une ligne claire. Le plus jeune des Winter explore tous les horizons possibles, bien épaulé par le frangin (la plupart des titres sont cosignés par Johnny).

La première face est composée d’une longue suite onirique divisée en sept morceaux. Extrêmement sinueux, ce long medley (près de 25 minutes) est un patchwork de mélodies complexes aux inspirations diverses. Ce mini opéra-rock préfigure déjà ce que sera Queen tout en étant plus luxuriant encore. Sans la moindre concession et de son propre aveu, Edgar Winter voulait simplement créer la musique de ses rêves. Et elle est sublime.

La seconde face s’ouvre avec une reprise phénoménale du célèbre « Tabacco Road » de John D. Loudermilk, Johnny y tient guitare et harmonica, tandis que la rythmique est assurée par Tommy Shannon et Uncle John Turner, le joyeux duo qui sévissait déjà sur The Progressive Blues Experiment. Assurément une des plus belles incarnations de ce titre. Autre sommet, « A Different Game », qui à lui seul condense tout le sirop de Entrance, soudainement tout est limpide, cette fameuse musique de rêve, la voilà. Histoire de redescendre en douceur, Edgar nous balance un petit instrumental faisant la part belle au saxophone en guise d’au revoir, « Jimmy’s Gospel » est une belle intention qui permet de mieux appréhender la fin du disque et le vide qu’il laissera…

Par la suite Edgar mutera presque aussi souvent que Bowie, entre soul barrée à la Sly Stone, hard rock aux relents glam et ode à la scientologie (pas sa meilleure période), l’albinos est un homme d’expériences.

Lien Deezer 

Si en apparence, ces premiers albums semblent diamétralement opposés, ils sont en fait les deux faces d’une même oeuvre, les multiples visages d’un même amour, celui de la musique noire… On en revient toujours au blues finalement.

Toorsch’ 

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4 commentaires sur “BLUES BLUES BLUES AND SOUL! Part VII

  1. bistroman dit :

    Ah oui, en effet…

  2. DamNed dit :

    Presque 6 mois plus tard ! Pourtant, je m’arrête pour te féliciter pour ta chronique, j’aime aussi beaucoup cet album depuis sa parution, et je n’ai pas retrouvé cet Edgar Winter-là par la suite, dans cette veine jazzy passionnante. J’espère qu’il n’a pas été déçu du peu de réaction du public, qui a préféré se jeter sur « Frankenstein », tout l’inverse. Je m’en remets une rasade avec ton lien Deezer, et il est toujours tout frais dans ma mémoire 🙂
    Bravo pour ton article, que cet album mérite bien !

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