MA VIE EN MONO #8: Michel Sardou, chanteur de droite

lundi, juillet 18th, 2016 par Toorsch

Michel_Sardou

Michel Sardou, chanteur de droite

En préambule, je me dois de préciser que je n’ai rien contre Michel Sardou, je ne dis pas non plus que je me fais le répertoire du gars toutes les semaines, ni même tous les mois, pas plus tous les ans, jamais en fait. Mais j’admets volontiers que le type est un cador de la variété bien de chez nous, et que sa carrière est jalonnée de grandes chansons, des sommets du genre quoi. Et quitte à morfler, je préfère mille fois me taper l’intégrale de Michmich que la simple introduction d’une chanson de Christophe Maé. Mais là n’est pas le sujet.

Alors quoi? Michel Sardou, chanteur de droite, cristallisant tout ce que la France a de plus puant? Fascisme décomplexé, machisme hors d’âge et tout le bousin? Peut-être bien, j’en sais rien, mais j’en doute sérieusement. Pour le fascisme tout du moins. Et puis quoi, être de droite n’est pas un crime, pas plus qu’être de gauche est une qualité. Ah, on me dit dans l’oreillette que la gauche n’existe plus… Moi, tout ce que je vois chez Sardou, c’est un bon gros beauf’ circa ’70-’80. L’image d’épinal du Franchouillard d’alors en somme. Chauvin, mais pas forcément front national, ouvert, mais pas Charlie pour autant.

C’est vrai que certains textes du gusse piquent un peu, comme le fameux J’ai envie de violer des femmes dans « Les villes de Solitudes » juste pour l’exemple, et pour taper dans le lourd d’entrée de jeu. Certes c’est complètement con, mais c’est encore davantage maladroit, le mec cherche à instaurer un climat urbain et dangereux, mais il se vautre lamentablement dans les clichés. C’est la vision de révolte d’un gars à la ramasse. De même que Sardou est très vieille France patriarcale quand il cause famille ou cul. Les pédés et les gonzesses, ça va bien deux minutes, il faut porter ses couilles putain! Un peu de sérieux. « Les vieux mariés », « Je vais t’aimer », « Le rire du sergent » ou « J’accuse », tout ça c’est du velu, oui madame! Et puis tiens, tant qu’on est dans le foireux, le Michel a tout de même osé nous vendre « Etre une femme » comme étant un titre féministe, ce coup-là, il fallait le tenter… Féministe de comptoir fort en testostérone alors, va faire bander la France salope! Pour l’égalité tu repasseras après avoir fait la vaisselle!

C’est en 1976 que Michel passe en mode torpilleur, album La Vieille (admire la pochette, beau gosse!), sur ce disque deux chansons font polémique, « Je suis pour » et « Le temps des colonies ». La première est un plaidoyer pour la peine de mort, une chanson tout en douceur et très joviale donc, tandis que la seconde vante le temps des colonies françaises en Afrique. Concernant « Je suis pour », le titre est sans équivoque, le chanteur exprime son opinion, point barre. Borderline ou pas, c’est son opinion. Par contre pour « Le temps des colonies », il y eut méprise. C’est un titre ironique, moquant les anciens colonialistes qui ne colonisent guère plus que le zinc des PMU. Il faut tout de même être sacrément con, ou de mauvaise foi, pour ne pas y voir autre chose que du second degré. Après ce doublé gagnant, ce sera le grand rollercoaster pour le chanteur. Entre un attentat avorté, des menaces de mort à l’automne 76 et la publication en 1978 de l’essai Faut-il brûler Sardou?, par Louis-Jean Calvet et Jean Claude Klein, le moins que l’on puisse dire c’est que le gars divise. Et il est là le vrai problème Sardou. Il réside dans le fait d’être devenu malgré lui, mais en l’ayant un peu cherché quand même, une sorte de frontière, de symbole des divisions idéologiques de la France. Pour ou contre, pas de juste milieu. Ce qui implique pour son public une sorte d’accord tacite avec les idées de l’idole.

Attaquons-nous maintenant au grand oeuvre du monsieur, son zénith, son « Imagine » à lui, sa Chapelle Sixtine: « Il ont le pétrole… mais c’est tout ». Déjà le titre annonce la couleur, un intitulé pareil, ça vous fissure une table à grands coups de bollocks. Alors, autant je comprends « Le temps des colonies » et trouve la chanson carrément bien vue, autant pour « Ils ont le pétrole… mais c’est tout », ça devient plus compliqué. Le titre est un condensé de tout ce qui fâche chez Sardou, balancé sans la moindre ironie apparente. Avec cette manière de dévaluer un pays pour glorifier le sien, cet aspect conquérant un brin colonialiste (réellement pour le coup), sans oublier bien sûr, la bonne dose de machisme sur la fin. Aucune parodie n’ira jamais aussi loin. C’est presque trop beau pour être vrai.

Morceaux choisis:

Ils ont le pétrole
Mais ils n’ont que ça.
On a le bon vin,
On a le bon pain,
Et caetera.

Pétrole on the rocks, ça n’désaltère pas.
Evian sort des Alpes,
Pas du Sahara.

On boira mon vin
De bon cœur.
Tu mangeras mon pain.
J’demand’rai la main
De ta sœur.

« Ils ont le pétrole » c’est du Groland, c’est le genre de chanson que l’on verrait bien interprétée par Francis Kuntz au karaoké de Muflin après s’être enfilé quelques ballons de rouges. Le truc, c’est que la chanson est sortie en 1979, soit peu de temps après la cabale menée contre le chanteur. On peut donc légitiment penser que « Ils ont le pétrole » est la réponse de Sardou à tous ceux qui lui ont chié dans les bottes. Elle se niche peut-être là, la véritable ironie du titre. La réponse est certes assez peu fine, on n’ira pas dire le contraire, mais si cette théorie est la bonne, moi ça me fait marrer. On savait rigoler à l’époque… Étrangement ce magnum opus a sombré dans les limbes de l’oubli. Constamment mis à l’écart des nombreuses compilations, tandis que « J’accuse », « Le temps des colonies » voir même « Je suis pour » y figurent en bonne place. Certes, la chanson n’est pas brillante, elle est même plutôt lourde, pataude, ça ne swingue pas vraiment comme à Meudon. Mais soyons clair, aucune chanson de Michel Sardou ne swingue, ni ne groove. Franchouillard sur toute la ligne.

Pour finir, je citerai Didier Wampas, qui dans sa chanson très finement intitulée « Chanteur de droite » a cette phrase parfaite de justesse: « J’ai chanté la maladie d’amour on se souviendra que de Je suis pour ».

Lien Youtube « Pétrole »

Toorsch’

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10 commentaires sur “MA VIE EN MONO #8: Michel Sardou, chanteur de droite

  1. Jimmy Jimi dit :

    Qu’il soit de droite, de gauche ou du milieu ne m’importe peu! Je déteste sa voix, sa musique, ses mots. Par contre, je trouve ton billet plutôt bien ficelé et assez courageux!

    • toorsch dit :

      Merci beaucoup. Le déclencheur fut une longue interview de lui dans le magazine Schnock. Il y parlait notamment du temps des colonies.

      Le mec fait partie du paysage, c’est un peu le tonton craignos et fatiguant des repas de famille.

  2. devantf dit :

    J’ai le souvenir d’une émission où Jean-Loup Dabadie qui écrivait pour Michel Sardou et Julien Clerc, expliquait qu’il n’était pas innocent dans l’orientation de l’un et de l’autre.

  3. charlu dit :

    Whouahhh , pas facile d’aborder le gars sans se vautrer la gueule, déraper ou passer pour un gland. Y’as fait ça comme un chef Tman, du coup je sais pas quoi dire 😀
    Ouaih car avec ses connerie là, bah on a tous qqchose en nous de michmich, carrément obligé, pas le choix, mateau piqueur qd on était petit garçon. Et bim je me souviens de la cassette du Connemara qui trainait ds la famille..et rebim je me souviens d’un vinyl chez le paternel.. le 1979, j’avais 10 ans, je me mangeais à l’époque le Pantin de Jojo et le menthe à l’eau de Scmoll, explorer le groupe de potes ?? Ceci dit, je me souviens aussi d’avoir adorré « je ne suis pas mort je dors ».. sa chanson progressive calme et rageuse. Tiens, faudrait que je la réécoute pour voir. Qu’est ce que tu me fait pas faire mon T.

    • toorsch dit :

      Yo CMan tu es de retour, tu as rendus son compte au fiston…

      Chaud le Michel, effectivement le mec a infiltré presque tous les foyers Français à la grande époque. Moi c’est un double best of dans la collection du paternel. Des tas de trucs célèbres dedans, dont je me souviens avoir aimé de belles choses, sans comprendre les messages…

      Je ne voudrais pas être responsable du rechute mon C…

      • charlu dit :

        yes, retour au taff… et mon compte pour les poses ;D
        J’attends avec hâte les prochaines vacances ..à Pâques.

        Impossible de rechuter, je prends et j’amasse sans jamais rejeter… comme des strates, empirique..de la bouteille quoi… D’ailleurs je fous les glandes à tout le monde chez moi, notamment quand je ressors mes vieux Balavoine… ah ah… tu la ramène moins là avec ton Sardou :DD

        La bizete T

  4. toorsch dit :

    Balavoine, c’est de la petite bière mon gars. Sardou c’est le bon gros coup de rouge qui tâche.

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