RENAUD SÉCHAN – Comme un enfant perdu – 2016

dimanche, septembre 4th, 2016 par Toorsch

renaud bio

Quand vous m’offriez des fleurs et que je vous grognais quelques mots inaudibles – d’aller vous faire voir, que plus jamais je ne chanterai, embrumé dans les vapeurs de l’alcool, je vous ai rendus malheureux, comme j’ai rendu malheureux tous les miens. Je le sais, je l’ai lu dans les milliers de lettres que vous m’avez adressées. Eh bien, dans les mois qui viennent, je vais m’efforcer de vous rendre le sourire. Et qui sait ? Peut-être même allons-nous pleurer ensemble du bonheur de nous retrouver vivants, et sous le même ciel. Toujours debout.

Renaud,
L’Isle-sur-la-Sorgue, 11 mai 2016

Renaud se livre sans trop de détours dans Comme un enfant perdu. Un titre lourd de sens pour l’autobiographie nostalgique d’un homme sans cesse en quête de paradis, celui doux mais définitivement perdu de l’enfance ou celui plus sournois et artificiel du Ricard. Faux médicament, mais vrai anesthésiant qui a tué le « chanteur énervant ».

Bouquin touchant, troublant, tour à tour baigné de lumière et de ténèbres, Comme un enfant perdu ne se libère malheureusement jamais du filtre sépia du passé. Ce qui en soit semble étouffer le feu du phénix dont on nous survend le symbole. Et quand subitement le livre se termine sur un avenir en suspension, il est bien difficile de prendre le chemin de l’optimisme, tant les derniers chapitres sont ceux de la maladie, du délire paranoïaque et de la souffrance crue, impudiquement crachée sur le papier-Catharsis. Même si assez factuelle tout du long, l’écriture semble s’alourdir au fur et à mesure que Renaud déroule le fil de sa vie. Sans doute cela est-il involontaire, mais révélateur du mal qui ronge le chanteur.

Cependant (forcément?), il manque à ce livre, un peu de l’impertinence et de l’humour du Renaud de la belle époque. A la manière des derniers disques en somme. Et même si tout cela s’avère captivant, instructif et assez bouleversant par moment, reste un malaise persistant. Un malaise en forme de gâchis, de sabotage de Renard sur Renaud. L’impudeur propre à l’exercice mis en corrélation avec la promotion “morbide” ayant suivi la parution du dernier album y sont pour beaucoup dans ce sentiment de gêne qui demeure en embuscade.

Voici la vie, les confessions, les peines, les joies et les regrets d’un homme malade qui se bat avec ses maigres armes. Naïf et sincère. Faible autant qu’il fut fort comme une montagne, en surface du moins, éteint autant qu’il fut lumineux, trop allumé peut-être pour ne pas prendre feu. Devenir fou. Mais voilà c’est Renaud, il est de la famille, c’est quand même un peu l’oncle, voir le frérot, d’un paquet de français (et de belges et de québécois et ainsi de suite) qui ne demandent qu’à l’aider pour lui rendre ne serait-ce qu’un dixième de ce qu’il a donné. Et ce, même s’il déconne sévère sur ses prises de position politique le Renard. Qu’il « soutienne » Fillon, déjà c’est dur à avaler, la vieillesse est un naufrage, mais se renier ainsi, si brusquement, faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin. Faut-il l’aimer vraiment ce vieux chanteur pour ne pas refermer son bouquin, revendre ses disques ou pire ne pas le traiter de vieux con! Attention, chacun est libre de ses opinions, démocratie toujours, vacillante mais démocratie quand même, mais un tel revirement a des allures de gueule de bois. 

Au final, Comme un enfant perdu est une sorte de confession de comptoir que l’on écouterait avec délectation le coude posé sur le zinc. Quitte à ne boire que de l’eau.

Toorsch’

XO Editions, 312 pages, 18,90 Euros
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4 commentaires sur “RENAUD SÉCHAN – Comme un enfant perdu – 2016

  1. Piteux, simplement piteux, tournant sa veste

  2. Jerry OX dit :

    Un livre confession qui fait de la peine. Il fut si brillant du temps de « En cloque », « Morgane de toi » ou « Miss Maggie » . Un chanteur à succès aujourd’hui obnubilé par ses tourments et la mort qui rode …troublant , troublant …

    • Toorsch dit :

      Salut Jerry!

      Comme tu le dis, il fut si brillant. Et même si je suis heureux qu’il aille mieux, qu’il fasse sa tournée. Renaud, celui des années 75-95 me manque terriblement.

      a+

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