Débuts – Variations sur un même thème

mercredi, octobre 19th, 2016 par Toorsch

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Et tandis que la longue limousine noire remonte l’avenue, les badauds se figent, le regard incrédule. Le vent du nord souffle avec plus de vigueur, arrachant aux arbres les dernières feuilles récalcitrantes, elles s’en iront rejoindre les autres, multitude multicolore tombés sur le macadam. Une fois le véhicule disparu dans l’horizon, les gens se remettent en marche, raccrochant les wagons, reprenant le fil de leurs vies anonymes. Un homme resserre un peu son écharpe, c’est qu’il fait froid très tôt cette année. Une femme tente avec difficulté de maîtriser son jeune labrador en laisse, excité par les passages successifs d’un garçon en vélo et d’une fille en skateboard. Un matin de novembre banal, dans une ville de banlieue banale habitée par des gens banals. Le genre de lieu où il ne se passe jamais rien de signifiant, alors quand une longue limousine noire remonte l’avenue…

Et tandis que la longue limousine noire remonte l’avenue, les badauds se figent, la fixant unanimement d’un regard sévère. C’est que les gens d’ici vivent simplement, pas tant par choix que par obligation. La vieille mine a fermé il y a quelques années, c’était le poumon comme on dit. Alors que le vent du nord souffle avec plus de vigueur, arrachant aux arbres les dernières feuilles récalcitrantes et que la voiture se perd dans l’horizon, certains ont bien du mal à faire fi de cette vision ostentatoire. Beaucoup de maisons sont vides, les fenêtres condamnées avec des planches de bois ou des briques brutes. Selon la méthode de travail employée, on peut deviner quelle est la banque propriétaire. Un matin de novembre sinistre, dans une ville sinistrée. Le genre de lieu où il ne se passe désormais plus rien, alors quand une longue limousine noire remonte l’avenue…

Et tandis que la longue limousine noire remonte l’avenue, les rares badauds égarés se figent comme paralysés par une peur profonde. Le vent du nord souffle avec tant de vigueur que les arbres se dépouillent dans l’instant des dernières feuilles récalcitrantes. Sur les perrons des maisons, les Jack O’Lantern s’éteignent, le souffle semble tout emporter avec lui dans le sillage de la voiture. Le rugissement du moteur sonne comme le cri de mille âmes damnées et l’échappement propage une odeur de cadavre. Les autochtones savent bien qu’il ne faut jamais sortir les soirs d’Halloween, ils s’enferment même à double tour. Mais il y a toujours les étrangers, les curieux, les égarés et ça le chauffeur le sait. Un 31 octobre banal, dans une ville qui ne l’est pas, habitée par des gens étranges. Le genre de lieu où il se passe toujours quelque chose. Un bigfoot dans une forêt, un fantôme dans un grenier, un petit garçon sans tête pédalant sur son vélo, mais quand la longue limousine noire remonte l’avenue…

Toorsch’

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