L’Eveil – Variations sur un même thème

mardi, janvier 31st, 2017 par Toorsch

L’eVEil

Variations sur un même thème ou comment le début d’un récit peut bifurquer encore et encore. Que ce soit une longue limousine noire remontant une rue un jour d’automne ou un homme se réveillant seul dans son lit… 

Ce matin je me suis réveillé en tentant dès le premier instant de masquer les horribles douleurs de mon corps. Des nœuds dans chaque muscle, des éclairs dans chaque doigt et des flashs pleins la tête et les yeux. Programmée pour, la machine à diffuser de la musique s’est mise en route. Le son comme un envol. Une pulsion de vie me permettant de quitter ce lit humide de sueur. Devant le miroir de la salle de bain, au-dessus de l’évier crade, il y a lui. Cette ombre de moi-même, presque un inconnu. Le temps file bien plus vite depuis… depuis l’événement. Et avec lui ses ravages. Dans la cuisine, la machine à café, programmée également, filtre et refiltre toujours le même café au travers du même filtre proche de se désintégrer. J’en boirai une demie tasse puis jetterai le reste de ce jus de chaussette aux ordures. C’est-à-dire par la fenêtre. Dans le brouillard gris/blanc. Puis dans le magnétoscope, oui le magnétoscope j’enfournerai une cassette sur laquelle est enregistrée une émission à la con ou un journal télévisé banal. En priant pour que la bande magnétique devenue presque transparente ne se désintègre pas elle aussi. Plus tard j’irai faire le niveau du groupe électrogène en suant devant l’état alarmant de mon stock de combustible. Enfin, comme tous les jours, je regarderai par la fenêtre, notant consciencieusement mes relevés sur mon cahier, 13h – Température 25 °c – couleur: Gris/blanc, 14h – Température 25°c – couleur: Gris/blanc.

Ce matin je me suis réveillé péniblement, comme tous les jours. Je ne sais pas pourquoi, mais devant le miroir de la salle de bain, en me voyant ainsi bouffi, j’ai soudainement pris conscience de la fuite en avant du temps. Les dix-sept dernières années avaient filé si vite. Depuis… l’événement. Le point de rupture qui fait que l’évier soit toujours aussi sale et moi si vieux. Il parait anodin cet évier sale, mais pas du tout en vérité. Jamais ça ne serait arrivé avant. Dans la cuisine, le café est en train de couler, j’en ai une bonne réserve, le meilleur qui soit. Et tandis que la chaîne stéréo diffuse l’album Parklife, mon esprit s’égare et remonte le temps. A l’époque, nous avions tout, nous étions si évolués, si endormis aussi dans le confort de la modernité. Le futur s’annonçait radieux. Conflictuel mais néanmoins radieux. Nous allions changer de millénaire, il régnait dans l’atmosphère une sorte d’optimisme niais teinté de craintes. Parmi elles, une bien drôle, sous la forme d’un fameux bug qui nous renverrait à l’âge de pierre. Les super-ordinateurs régissant le monde et ses banques, ses armées et sa bourse n’étaient, horreur, pas programmés pour le passage dans le nouveau millénaire. Les journaux en faisaient leurs choux gras et nous, nous nous fendions bien la gueule. Aujourd’hui je sortirai peut-être de mon abri, le compteur Geiger-Müller installé dans le corridor d’entrée renvoie des données plutôt réjouissantes. Et puis ça me permettra de marcher dans la neige.

Toorsch’

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2 commentaires sur “L’Eveil – Variations sur un même thème

  1. Christelle dit :

    Excellent on s’y croirait. …

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