CABIN OF FEAR N°5

samedi, mars 10th, 2018 par Toorsch

Je vois que vous êtes toujours fidèles au rendez-vous mes petits zombies pourrissants. Eh bien vous avez une chance folle, car La Cabane de la peur rouvre ses portes pour un nouveau festin. Il est l’heure de passer à table !

LES AVENTURES DE BURT JACKSON DANS LES PHARES DU NIGHTSHIFTER

Encore une putain de journée à crapahuter sous la flotte pour Burt Jackson, le shérif de la petite ville paumée de Renegade au Texas. La nuit dernière, le NightShifter a frappé, ça fait plusieurs mois maintenant que ce salopard écrase des jeunes filles sans mobile apparent. La seule piste que possède le bureau du Shérif est celle d’une Dodge Charger noire de 1970, mais aucun véhicule correspondant à cette description ne figure dans les registres du comté, ce qui est bien con, car c’est l’arme du crime. Et pourtant, ce genre de grosse cylindrée ne passe pas inaperçue, même par ici, dans un bled où les gros pick-up ne manquent pas.

Encore une putain de journée donc, cette fois le NightShifter s’est payé Debra Cunningham, la fille du pasteur, une jolie petite blonde de dix-sept ans qui, certes, n’avait pas la vertu de son géniteur, mais qui ne méritait certainement pas ce châtiment. Il ne reste pas grand chose du corps de la pauvre Debra, complètement explosé par l’impact provoqué par une voiture de près de deux tonnes lancée à pleine allure, le mode opératoire de ce fils de pute de NightShifter. Dans d’autres circonstances, Burt Jackson n’aurait eu aucun mal à trouver un suspect parmi la longue liste des petits amis de la défunte. Uniquement des traîne-bars éclusant le stock de mauvaise bière du Slim Loomis Joint, un rade minable sur Elm Street.

Retour au point zéro. Jamais un foutu témoin et aucune trace de la Dodge. Pour couronner le tout, le NightShifter se permet de semer le chaos et de narguer les forces de l’ordre en envoyant de longues missives tapées à la machine au Renegade Post. Mais là encore, jamais une putain de trace d’ADN, rien ! La dernière lettre s’en prenait d’ailleurs directement à Burt Jackson et à sa présumée incompétence. Il faut bien avouer que sur ce point, les braves citoyens de Renegade s’étaient plutôt rangés du côté du meurtrier.

« Burt Jackson, je ne sais plus quoi faire de toi !

– John Armitage, euh pardon… Monsieur le maire. Que veux-tu que je te dise. C’est le brouillard total, la pire affaire de ma carrière, un vrai merdier !

– Tu sais que je te soutiens Burt, mais les élections arrivent à grands pas. T’es mon pote, mais… enfin… j’espère que tu comprendras ce que…

– Te fatigue pas vieux…

– Le truc c’est que Renegade c’est un peu spécial, déjà qu’ils n’aiment pas bien les gars de la ville par ici..

– Peut-être, mais n’empêche qu’il y a deux ans, en quittant Detroit pour ce trou paumé, je pensais enfin être un peu pénard. Loin de toute cette folie meurtrière, de tous ces barbares inhumains, ces gangs ultra-violents. J’ai vu des trucs, mon vieux, qui te feraient vriller le cerveau… Mais ce NightShifter, c’est autre chose…

– Le NightShifter, c’est le mal absolu. Ecoute-moi bien, Burt Jackson, il est clair que tu ne peux plus être le Shérif de Renegade. C’est trop compliqué… et puis il faut que je rassure mes administrés en nommant un gars du coin à ce poste. Par contre, de manière légale ou non, je vais t’aider à buter ce salopard ! »

Ce soir-là, en rentrant chez lui, Burt Jackson balança son étoile et son uniforme à la poubelle. Il s’ouvrit une bière, mata un porno sur son magnétoscope puis s’écroula sur le canapé. Sur les coups de minuit, le réveil sonna. Burt fila alors vers son garage, fiévreusement, il retira la bâche recouvrant la Dodge Charger noire de 1970, caressa l’aile du monstre d’acier avant de prendre place à son bord. Au moment de mettre le contact, il salua le reflet du NightShifter dans le miroir intérieur.

AUTOSTOP

“ Elle va où comme ça la jeune fille ?

– Merci de vous être arrêté monsieur, je commençais à désespérer.

– Ça ne répond pas à ma question ! J’ai dis: elle va où comme ça la jeune fille ?

– Euh, oui, euh, pardon, je m’arrête à Willoughby, c’est à 30 miles d’ici.

– Je sais très bien où se trouve Willoughby, et il s’avère que c’est sur mon chemin. Montez, je vous y déposerai.”

Légèrement inquiète, mais ne désirant pas marcher plus longtemps sur cette route de campagne déserte, Leah accepte la proposition, malgré le peu d’amabilité du vieil homme. Elle s’installe sur la banquette en cuir craquelé de l’antique pick-up Ford et referme la portière. En jetant un regard vers le conducteur, la jeune femme constate qu’il a la moitié droite du visage sacrément balafré. Gênée, Leah se tourne rapidement vers la fenêtre et admire le soleil déclinant qui gratifie la campagne d’une belle couleur rouge feu. Le lourd pick-up Ford crachote puis s’élance sur la route.

“ Elle va faire quoi à Willoughby si c’est pas indiscret ?

– Je vais y rejoindre des amies à moi, comme chaque mois, pour une petite fête un peu particulière.

– Je vois, c’est le genre de petite sauterie où vous autres, les jeunes, vous picolez et baisez avec tout ce qui bouge, c’est ça ?

– Pas du tout ! Et je ne vous permets pas !

– Oh ! Elle va se calmer la petite ! Sinon elle va finir à pinces ! Je lui demande pardon, mais elle baisse d’un ton ! Je disais ça comme ça, avec tout ce qu’on entend sur les jeunes…

– Très bien… Mais non, ça n’a rien à voir. C’est juste une fête entre copines.”

Un peu honteux sous ses airs bourrus, le conducteur se racle la gorge puis se focalise sur la route. Dans l’habitacle, le silence s’installe pour de longues minutes.

La nuit est tombée quand le pick-up Ford s’engage sur la 615, la petite route qui coupe au travers de la forêt. Le maigre éclairage de l’antique véhicule utilitaire oblige le conducteur à plus de prudence.

“ Je coupe toujours par la 615, c’est plus rapide.

– C’est vous le conducteur…

– Ecoutez, je suis encore désolé pour tout à l’heure, je ne sais pas ce qui m’a pris. Je n’ai plus trop l’occasion de faire la conversation depuis que ma Claudette est partie. Alors je suis un peu maladroit.

– Ce n’est rien, n’en parlons plus. Claudette c’était votre…

– Ma femme oui, elle est morte il y a deux ans, nous n’avons jamais eu d’enfant, je suis tout seul maintenant. Mais parlons de vous plutôt, vous êtes jeune et qui voudrait écouter les histoires d’un vieux croûton défiguré par une machine agricole ?  Vous étudiez à l’université de Serlingtown ?

– Très juste. J’étudie les cultures anciennes, les mythes et les folklores.

– Tout ça c’est trop compliqué pour moi. J’ai ma bonne vieille Bible, elle me suffit.

– Rien n’est jamais trop compliqué, il suffit de s’intéresser aux choses. Prenons un exemple simple. Regardez dans le ciel, vous voyez, cette nuit c’est la pleine lune, et bien selon certains folklores, cette nuit est propice aux lycanthropes… aux loups-garous si vous préférez… Arragafagagahhhh aaaahhhhh !”

Troublé par les bruits gutturaux et les plaintes bestiales de sa jeune passagère, le vieil homme se tourne rapidement vers elle, quittant la route des yeux. Il découvre alors un monstre efflanqué au pelage clairsemé et à la peau recouverte de plaies. Sans même qu’il ait le temps de réagir, la bête bondit et d’un seul coup de mâchoire lui rompt la jugulaire. Le pick-up Ford termine lentement sa course sur le bas-côté puis son moteur cale.

Bien qu’il soit un peu racorni, le vieil homme sera dégusté lors du festin mensuel du club très fermé des Young She-Wolves of Willoughby.

OCTOGROUND

En 2029, quand l’île de Manhattan a littéralement craqué avant de s’écrouler sur elle-même, libérant la plus gigantesque créature que le monde ait connu, l’humanité a subi l’électrochoc écologique dont elle avait besoin. Trop tardivement hélas. Tel le crocodile de la légende urbaine, les autorités ont d’abord soupçonné quelqu’un d’avoir acquis un bébé pieuvre lors d’un voyage touristique, avant de le balancer dans les égouts une fois son intérêt pour l’animal passé. Et comme le crocodile de la légende, l’animal aurait grandit de manière extraordinaire dans les fondations de Manhattan.

Quoiqu’il en soit, la créature qui éventra la ville comme on éventre une mue n’avait plus rien de naturel. Elle ressemblait plus volontiers à une punition divine où l’un des ces grands anciens qui peuplent les récits horrifiques de HP Lovecraft. Les adorateurs de Chtulhu avaient au moins un avantage sur tous les autres, leur Dieu avait débarqué, lui. Il était si blanc, sa peau paraissait translucide par endroit, laissant entrevoir ses organes internes. Ses tentacules destructrices mesuraient plusieurs centaines de mètres de long. Mais le plus marquant demeurait encore son regard, étonnamment reptilien, on pouvait y voir de la colère et beaucoup de douleur. Si c’est ça le regard que nous lance Dieu, nous n’avons pas de quoi être fier.

Cela fait maintenant dix ans qu’Octoground, comme nous l’avons baptisé, a disparu dans les fonds marins. Malgré un nombre incalculable d’expéditions commandées par diverses armées, entreprises et même par de richissimes particuliers, impossible de retrouver sa trace. Peut-être reviendra t-il un jour pour nous punir et engloutir d’autres villes ? Peut-être sera t-il accompagné par une hypothétique progéniture ? Peut-être aussi, est-il mort ?

 

BURT JACKSON, AUTOSTOP et OCTOGROUND par TOORSCH'
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