CABIN OF FEAR N°6

samedi, mars 24th, 2018 par Toorsch

Venez mes jeunes sorcières, je vous trouve bien mal en point, attablez-vous et prenez place pour le grand festin. Voyez les plaisirs qui s’offrent à vous dans La Cabane de la peur !

CLAP DE FIN

Ce cinéma fut l’une des plus emblématiques merveilles architecturales de son temps, portant le style Art déco, typique des années folles, à son zénith. Il s’appelait Le Majestic, une cathédrale toute entière dédiée au septième art. Fritz Lang y présenta son Metropolis en grande pompe et bien des années plus tard, Henri-Georges Clouzot y dévoila Le Corbeau. De nos jours, à l’heure des multiplex industriels, un tel ouvrage semblerait bien anachronique et pour tout dire, un peu présomptueux. Seuls quelques esthètes déploreront la perte d’un certain art de vivre, mais il faut bien avouer qu’ils seront minoritaires.

Aujourd’hui il ne reste pas grand-chose du Majestic, sa façade est en majeure partie recouverte de graffitis, les grandes vitres du hall sont condamnées par d’épaisses planches de bois et les lourdes portes d’accès ont été murées avec des briques brutes depuis déjà bien longtemps. L’édifice n’a vraiment plus rien de majestueux, il fait peine à voir.

Une nuit, je me suis infiltré dans les ruines du cinéma pour y prendre quelques photos d’exploration urbaine. Ce devait être une expédition comme les autres, mais je ne suis pas près d’oublier ce voyage aux limites de la réalité. Après avoir passé près d’une heure dans les vestiges de la grande salle à mitrailler ses rangées de sièges éventrés, ses rideaux en lambeaux et la rosace fissurée du plafond, j’ai voulu emprunter le couloir technique situé derrière l’ancienne cabine de projection, quand la bobine commença à se dérouler toute seule.

Après avoir délicatement pris ma veste et mes affaires pour les mettre au vestiaire, l’ouvreuse m’accompagna jusqu’à ma place en me souhaitant une bonne séance. La salle était en pleine effervescence, le monde affluait de toute part, des hommes et des femmes fumaient en riant bruyamment, au milieu de cette pagaille il me sembla même apercevoir Errol Flynn. Au premier rugissement du lion de la Metro-Goldwyn-Meyer, la foule se tut comme un seul homme. Progressivement, la salle plongea dans l’obscurité, sur l’immense toile d’une blancheur immaculée apparut enfin le titre du film, Clap de fin. Durant un peu plus d’une heure et demie, j’allais découvrir, en noir et blanc et avec force détails, un montage répertoriant minutieusement toute la longue série d’événements, en apparence anarchiques, conduisant jusqu’à l’instant fatidique de mon trépas. Le final poignant, mais surtout magnifiquement mis en scène, m’arracha un irrépréhensible sanglot. Il serait bien narcissique de ma part de crier au chef-d’oeuvre mais il faut avouer que l’ensemble tutoyait La Nuit du chasseur.

Une fois le générique achevé, je retrouvais la grande salle telle qu’elle était à mon arrivée, avec ses sièges éventrés, ses rideaux en lambeaux et la rosace fissurée du plafond. Ma veste se trouvait sur le fauteuil voisin et j’avais gardé mon appareil photo dans les mains durant toute la projection, sa batterie était désormais vide.

J’ai couru à tout rompre pour arriver le plus rapidement à la maison. Fébrilement, j’ai inséré la carte SD de l’appareil dans mon ordinateur portable en espérant avoir capté un peu de cette faille dans la réalité et le temps. Mais la déception fut à la hauteur du gigantisme de mon expérience, il n’y avait là que des clichés flous et mal cadrés d’un lieu en état de décrépitude.

BIENVENUE A SERLINGTOWN

– Extrait du numéro 399 du Eerie Post daté du 13 juillet 2020 –

Cette semaine, dans le cadre de notre série de l’été, « Weird America », nous sommes allés en Oklahoma dans la ville de Serlingtown. Cette jolie bourgade étant régulièrement le théâtre d’évènements pour le moins perturbants, elle nous semblait être le lieu idéal pour une retraite à la campagne. Nous y avons rencontré Matt Brody, l’ancien chef de la police, aujourd’hui à la retraite, afin qu’il nous dévoile quelques uns de ses dossiers les plus étranges.

Eerie Post : Tout d’abord, merci de nous recevoir. Il paraît que Serlingtown et ses environs possèdent leurs lots d’activités étranges, pour ne pas dire paranormales. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Matt Brody : Effectivement, au cours de ma carrière j’ai vu beaucoup de choses pour le moins surprenantes. Dans certains cas, le mot paranormal n’est effectivement pas excessif.

Eerie Post :  Quel fut le premier cas étrange sur lequel vous avez enquêté ?

Matt Brody : C’était en 1984 il me semble, à cette époque je débutais dans la police et je venais de débarquer à Serlingtown. Notre équipe avait été appelée pour une sordide affaire de meurtre de masse. Le massacre s’était déroulé à Mount Varan, un bled paumé entouré par la forêt, situé à environ trente cinq miles plus à l’ouest. C’est bien simple, tous les habitants du village avaient été assassinés de manière atroce puis entassés dans une espèce d’horrible charnier sur la place de la mairie. Leurs corps portaient de nombreuses et profondes marques de griffes. Un peu comme si des ours particulièrement intelligents avaient fait le coup. L’affaire prit un tournant réellement spectaculaire lorsque nous avons découvert qu’un groupe de cinq gamins avaient survécu à cet assaut sanguinaire. Ils se disaient responsables et parlaient d’une vengeance perpétrée par les Bigfoot de la forêt.

Eerie Post : La grande mode de l’époque, les Bigfoot…

Matt Brody : Sauf que les mômes étaient en possession du cadavre d’une de ces bestioles. Je ne me souviens plus exactement de ce que nous avons marqué dans le rapport officiel, mais aujourd’hui l’accès à Mount Varan est formellement interdit.

Eerie Post : Donc c’était bien un Bigfoot ?

Matt Brody : Je ne suis pas sûr de pouvoir en dire plus.

Eerie Post : Avez-vous connu d’autres cas de ce type par la suite ?

Matt Brody : Un bon nombre, je dois bien dire. Tenez, parfois durant les nuits de pleine lune, nous avons des disparitions violentes.

Eerie Post : Qu’entendez-vous par disparitions violentes ?

Matt Brody : Des traces de lutte mais jamais aucun cadavre. Ça me rappelle cette histoire qui s’est déroulée au printemps 1993 (il marque un long temps d’arrêt) je crois. C’est le shérif de Renegade au Texas qui a lancé l’alerte. Pour le petit détail sordide, à cette époque c’était encore Burt Jackson qui officiait à ce poste…

Eerie Post : Le Fameux NightShifter ?

Matt Brody : Exactement ! Il venait de retrouver le Pick-up Ford du vieux Peabody, quelque part sur la 615, une route de forêt juste après la frontière, l’intérieur entièrement maculé de sang mais désespérément vide. C’était une nuit de pleine lune, on n’a jamais retrouvé le corps.

Eerie Post : Une piste ?

Matt Brody : Vous savez, dans le coin, la piste du loup-garou n’est pas à exclure. Tout peut arriver par ici, même une attaque éclair de la part d’extra-terrestres tentaculaires à la recherche de l’héritier d’un roi défunt.

Eerie Post : Vous plaisantez sur ce coup, n’est-ce pas ?

Matt Brody : (Se raclant la gorge) Ils avaient planqué le môme à Serlingtown quelques années plus tôt pour le protéger d’une guerre spatiale. Fort heureusement, une fois le moutard royal retrouvé, ils ont tout reconstruit à l’identique.

Eerie Post : Et bien… (Nous restons perplexe un instant puis remercions notre hôte) Merci de nous avoir offert de votre précieux temps monsieur Brody. Ce fut un véritable plaisir.

Matt Brody : Tout le plaisir était pour moi. Au fait, avant de quitter Serlingtown, passez donc à l’animalerie Brown sur Hooper Street. Ils y vendent de mignonnes petites pieuvres blanches, presque transparentes, ça fera un souvenir extra et puis c’est l’emblème de la ville.

Une fois notre nouveau compagnon bien en sécurité dans son bocal, nous quittions Serlingtown avec une impression mitigée, ne sachant pas trop quoi penser des histoires extraordinaires de notre interlocuteur. Cependant, il faut bien l’avouer, en empruntant la petite route ceinturant la forêt qui entoure Mount Varan, nous n’étions pas franchement sereins.

THIS HOUSE IS HAUNTED

8 mai 1967

Comme tous les jours en cette saison, Linda Craven profite de sa pause méridienne pour aller déjeuner dans le parc. Elle s’installe souvent sur le même banc, celui bien à l’ombre près du point d’eau. Une fois son sandwich au bacon avalé, Linda ferme un instant les yeux tout en écoutant le chant des oiseaux. Elle imagine de vives conversations entre les volatiles, des querelles de voisinage, des amours tantôt brûlants tantôt déchus ou encore de longues discussions sans fin quant au choix du lieu adéquat pour la prochaine migration. Durant son heure de détente, cette trentenaire vêtue d’un tailleur gris austère redevient une enfant, elle ne pense ni au vieux Georges Spencer qui la tanne avec ses mauvaises statistiques du mois d’avril, ni à l’enfer que lui fait vivre son mari depuis l’hiver dernier.

3 janvier 1967

« Comme si un homme chaussé de lourdes bottes tournait là-haut ! » C’est avec ces mots que Monty lui avait décrit les bruits qu’il venait d’entendre. Linda avait beau lui expliquer que la maison était ancienne et que cela arrivait, il n’en démordait pas, d’après lui, il y avait quelqu’un dans le grenier. Après vérification, les combles s’avéraient aussi vides que le carnet de commande qui la torturait au bureau.  

14 janvier 1967

« Les pas ont recommencé aujourd’hui, ça tambourine là-haut Linda ! » Sans même un bonsoir, la voilà remontant vers le grenier pour un tour de garde au résultat similaire. Rien de bien notable, juste la grille des vides sanitaires à refixer.

19 janvier 1967

« La maison est hantée, j’en suis sûr, puisqu’il n’y a personne là-haut, c’est que la maison est hantée ! Voilà tout ! » Monty avait les traits tirés, visiblement cette histoire commençait à peser sur son moral. Exaspérée, Linda tenta de réconforter son mari avec des arguments rationnels, mais elle refusa inflexiblement de grimper une fois de plus dans ce fichu grenier.

03 février 1967

« Pourquoi as-tu déplacé les couverts dans le meuble de la cuisine ?

– Désolé mon amour, mais je ne comprends pas.

– Arrête Linda ! Ce n’est pas drôle ! Tu sais que je ne vais pas bien et toi tu t’amuses à me faire peur…

– Je n’ai rien fait Monty. Je t’assure.

– Alors c’est cette maison !

– Arrête avec ça nom de Dieu ! C’est épuisant à la longue ! »

31 mars 1967

D’après Monty, les pas dans le grenier n’ont quasiment pas cessé de la journée et quelque chose a allumé la vieille radio située dans l’atelier du garage.

« Les choses empirent Linda, je veux quitter cette maison !

– Pour aller où ? Nous n’avons pas les moyens de déménager… et puis comment expliques-tu que rien ne se produit quand je suis là ?

– Peut-être veulent-ils me torturer moi, me rendre fou. Ce sont des esprits tordus, ça s’appelle des poltergeist. Tiens regarde, c’est écrit dans ce livre !

– C’est de pire en pire, tu délires complètement ! »

Durant les semaines suivantes, les choses se dégradèrent grandement à mesure que Monty s’enfonçait dans sa folie. Le jeune homme devenait progressivement la proie de nombreux charlatans. Mais si cela pouvait guérir son mari, Linda était prête à payer toutes les séances de spiritisme du monde.

-Extrait de l’article publié dans la rubrique faits divers du Serlingtown Morning daté du 10 mai 1967-

« Le fantôme était un tueur.

Horreur à Serlingtown ! Cette nuit, un jeune couple a été assassiné à coups de hache dans leur demeure située au 1428 sur Main Street. D’après la famille et les amis des victimes, cela faisait plusieurs mois que le mari disait entendre des bruits étranges et croyait sa maison hantée. Cependant, les empreintes de pas ensanglantées retrouvées par la police étaient bien réelles. D’après les enquêteurs, le tueur aurait passé plusieurs semaines dans les vides sanitaires de la demeure avant de passer à l’acte. »

 

CLAP DE FIN et BIENVENUE A SERLINGTOWN par TOORSCH'

THIS HOUSE IS HAUNTED par TOORSCH' inspiré d'un fait réel
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