Archives du tag ‘Bernard Lavilliers

LAVILLIERS ’08

lundi, décembre 4th, 2017 par Toorsch

BERNARD LAVILLIERS – Samedi soir à Beyrouth – 2008

Entre Kingston et Memphis il y a Beyrouth. Les vibrations profondes et rebelles du reggae et les cuivres de la soul. Lavilliers fabrique un pont d’or entre Tuff Gong et Stax, il coule le béton comme un mafieux italien dans le New Jersey. Il fait monter la sauce à sa manière, il assimile les styles pour en tirer un jus épais, alcool exotique des poètes. « Rafales » de basses rondes, de rêves anarchistes et d’histoires de marins douteux, douteuses histoires de marins de comptoir(s). Et puis Beyrouth un samedi soir, des voitures blindées, des femmes voilées, c’est la guerre toujours. Le reggae plombé, mêlé d’arabesques légères, retranscrit parfaitement ce climat délétère. Les volutes de fumée de douteuses cigarettes roulées grimpent au plus haut pour mieux déchirer le ciel.

Quelques tropiques ensuite, Hugo Chavez, Miami et toujours cette classe ultime du voyageur curieux, du poète observateur et engagé. Celui qui chantait les mains d’or, les barbares, les travailleurs de Saint-Etienne ou de la vallée de la Fensch, gueules d’aciers brûlées par le métal en fusion, n’oublie pas ses racines ouvrières et se paye ceux qui ont privatisé le travail.

Samedi soir à Beyrouth, du grand Lavilliers, du Lavilliers quoi..

Toorsch’

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LAVILLIERS ’17

mercredi, novembre 29th, 2017 par Toorsch

BERNARD LAVILLIERS – 5 Minutes au Paradis – 2017

« 5 minutes au Paradis avant que le Diable n’apprenne ta mort », voilà en somme la sentence promise par le morceau-titre, une menace bien étrange pour un homme sans Dieu ! Mais c’est la symbolique qui compte. Bernard Lavilliers a beau collectionner les décennies, il est encore révolté à l’âge où l’on se range, rebelle sans démagogie, il a l’élégance de la classe ouvrière. Il chante Charleroi aujourd’hui comme Saint Etienne et la vallée de la Fensch hier, villes ouvrières détruites, abandonnées, privées de poumons et d’avenir. Les mains d’or ne pèsent plus très lourd sur la balance du Capital. Avec « Croisière Méditerranéenne », il chante les migrants, l’horreur quotidienne, invisible et banalisée, le sourire carnassier des murènes en prime. Les tropiques tropicaux sont bien loin eux aussi, le son se fait plus froid, plus tranchant, plus électrique. La Salsa ne se danse plus, pas même à Cuba, parait-il. Les guitares du soleil percent encore parfois, nostalgiques et mélancoliques, le temps des sublimes « Paris la grise » et « Montparnasse-Buenos Aires ». Mais « Vendredi 13 » évoque un fameux concert…

Maigre « Espoir » en duo avec Jeanne Cherhal pour finir, comme pour nous rassurer, puis Nanard repart sur la route, vivre une nouvelle vie dans quelques pays chauds, mais là-bas aussi, c’est la merde. Le monde est lourd et tranchant.

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Toorsch’

LES NOUVEAUX BARBARES

vendredi, novembre 3rd, 2017 par Toorsch

LES NOUVEAUX BARBARES

 

Les barbares aujourd’hui n’ont plus rien,

Plus de cités tranchantes pour leur donner le sein.

Les nouveaux barbares vivent sous l’éboulis,

De la montagne “Dollars” fragmentant les acquis.

La calamine s’enfonce dans les poumons,

Recouvrant la ville d’une crasse trop lourde.

Le nouveaux barbares n’ont plus de noms,

“Fouteurs de bordel”, anonymes sacrifiés.

 

Les barbares aujourd’hui ne sont plus révoltés,

Qu’ils se taisent maintenant ou se taisent à jamais.

Le noir de la graisse comme unique couleur,

Quand la gueule remplace un visage qui meurt.

Anonymes, ils avancent en étrange procession,

Vers une église vide pour le grand enterrement.

La fosse commune comme seul horizon,

Les barbares aujourd’hui se fondent dans le ciment.

 

Plus d’amour ni de tropiques fantasmés,

Maintenant la “Zone” s’étend à perte de vue.

Plus de pays dociles pour apprendre à rêver,

On paye le prix fort pour un petit bout de rue.

Les barbares aujourd’hui ont laché le trottoir,

Écoeurés par le spectacle du vide.

Le rythme absent du laminoir,

Percussion morte sans chaleur torride.

 

Les barbares aujourd’hui n’ont plus rien,

Pas même un fardeau à porter.

En plein cœur, l’acier a frapper,

Il a tué.

Toorsch’

En écho à Bernard Lavilliers et en hommage à la métallurgie française.
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