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MA VIE EN MONO #9: Des moments perdus

mercredi, octobre 5th, 2016 par Toorsch

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“J’ai ce job à Darlington, mais certaines nuits je n’y vais pas, certaines nuits je vais au Drive-in, certaines nuits je reste chez moi.” Ce n’est pas grand chose, pas même un couplet de chanson. « The Promise » de Bruce Springsteen pour être précis. Mais ça résonne, ça fait écho. J’ai fait travailleur de nuit dans des usines et j’ai détesté ça. Du plus profond de ce qui fait de moi un humain j’ai détesté ça. Je pointais avec l’impression de me faire dévorer les entrailles. Et je n’étais pas le seul, j’ai vu des mecs plus vieux mourir à petit feu, année après année, écrasés par la machine à broyer l’ambition. Résignés. Ils avaient perdu, accepté la défaite. Un truc s’était brisé en eux. J’allais avoir droit au même traitement, ficelé sur le tapis roulant, direction la broyeuse. Et certaines nuits, las, comme le héros de la chanson je restais chez moi, ou alors je tournais la clé de contact et partais sur la route avec un pote englué dans la même galère. On roulait, la liberté en point de fuite, pour enfin tomber mort de fatigue au petit matin. Oublier un court instant notre situation et le peu de visibilité que nous offrait notre avenir proche.

Moment typique:

-Je peux pas, je bosse ce soir.

-Reste on s’en fout, on prend la voiture et on les emmerde.

-Je vais me faire virer.

-De ce job de merde, et après?

C’est vrai ça, et après, quoi? Alors on grimpait dans cette foutue caisse pour vivre les meilleurs moments perdus de nos vies. Et je n’ai aucun remords, je ne regrette rien, sinon ces moments perdus justement. Ces moments mécaniques de pure liberté. Le piston comme un cœur qui bat. Et la jeunesse qui résiste encore un peu, elle va mourir bientôt, laissant la route à d’autres perdants héroïques.

Billet d'humeur et nostalgie: Toorsch' / Photo et retouches Prisma: Sadaya
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